Nos rapports aux technologies, et plus généralement à la science, restent un sujet de débat. Quand les artistes s’en emparent, ils offrent des expériences sensorielles et hypnotiques, emmènent hors du temps, conçoivent du beau et de l’émerveillement. Pour clore le millénaire de Caen, ]interstice[ a invité jusqu’au 21 décembre une trentaine d’artistes qui marient les lumières, les images, les sons et le mouvements dans des créations étonnantes et fascinantes. Performances, concerts et expositions sont au programme de ce festival international des arts visuels et numériques qui propose deux parcours, un le jour et l’autre la nuit. Il faut prendre son temps pour découvrir ces œuvres.
Infinite Pendulums de Virgile Abela
Dans une salle de l’ESAM (école supérieure d’arts et médias), quatre pendules, munis de moteur, se balancent et pivotent. Ils sont les quatre interprètes d’une partition sonore et lumineuse générée par le mouvement. Infinite Pendulums est un ballet captivant qui évoque la fois la permanence et l’impermanence des choses. « J’ai voulu créer une œuvre vivante. La vie est quelque chose qui s’autodétermine grâce à un maillage d’interaction », remarque Virgile Abela. C’est tout un monde, parfois étrange, qui s’anime. Pour le musicien et compositeur, « tout cela nous renvoie à notre condition gravitationnelle et à notre identité cosmique ».

Loops Of The Loom de Cécile Babiole
Il y a un lien entre le tissage et les algorithmes. Chaque tissu est en effet fabriqué d’un entrecroisement de fils selon un modèle bien défini. Cécile Babiole a souhaité le rappeler avec Loops Of The Loom ou boucles du métier à tisser. L’artiste tisse non pas des fils de coton mais des fils électriques. Une façon de rendre hommage non seulement aux mathématiques mais aussi aux femmes qui ont codé dans l’histoire. À l’ESAM, elle présente quatre tableaux différents réalisés selon un procédé rigoureux rappelant les motifs écossais. Cécile Babiole fait de ses Loops des pièces sonores capables de transmettre des voix enregistrées.

Airborne de Zilvinas Kempinas
Dans Le Pavillon, il y a juste une bande magnétique et deux ventilateurs accrochés au plafond. Leur souffle précisément orienté fait danser dans les airs ce long lacet qui ne doit jamais toucher le sol. C’est Airborne, une œuvre de Zilvinas Kempinas, issue des collections du FRAC Normandie et installée dans Le Pavillon. Cette ligne du temps toute noire oscille sans cesse dans l’espace et devient une métaphore de la vie, avec ces hauts et ces bas.

Weaving Nowhere de Port An Park et Arnaud Gerniers
Installée dans Le Sépulcre, Weaving Nowhere est une œuvre magnifique et énigmatique. Tout autour d’un cercle noir se dessine un arc-en-ciel complet. Porz An Park et Arnaud Gerniers créent ainsi un espace d’illusions avec des effets d’optique et divers sons. Pour le public, il est impossible de savoir d’où proviennent les sources lumineuses et sonores. Weaving Nowhere interroge nos perceptions et nos certitudes.

L’Écho des pierres de Julien Poidevin
L’Écho des pierres de Julien Poidevin trouve aussi parfaitement sa place dans Le Sépulcre. Le public est invité à entrer dans cette installation, composée de quatre haut-parleurs directionnels. Les notes viennent tourbillonner autour des corps ou se glisser dans le cou grâce à une rotation du son et à ses rebonds sur les pierres du bâtiment. Doux frissons garantis !

Unfold de Myriam Bleau
C’est une des créations à ne pas rater pendant le festival ]interstice[ au théâtre des Cordes. Avec Julien Piot, Myriam Bleau a conçu Unfold, un long serpent métallique entortillé avec d’un côté un miroir et de l’autre des écrans LED. La sculpture prend des formes différentes selon la vitesse de déplacement des points et les changements de couleurs. Unfold peut être une voûte céleste en plein chaos ou une une ville en miniature avec son circuit de routes. Saisissant !

Résurgences mnémosynes de Noëlie Plé et Alexis Choplain
Deux écrans se font face. Sur chacun d’eux sont projetées des images de paysages de montagne, de bord de mer et de campagne, d’insectes et autres animaux, de machines en action. Noëlie Plé, chercheuse en philosophie, et Alexis Choplain, plasticien, ont récolté une série de films d’archives pour concevoir Résurgences mnémosynes, une installation proposée au Studio 24. Des capteurs sensibles aux variations de lumière des images engendrent des ondes électriques qui agissent sur un dispositif sonore. Cet espace immersif ressemble à un cerveau, avec de multiples connections, qui ingèrent une multitude d’images avant de les stocker dans sa mémoire ou de les oublier.

Géophonies de Nicolas Germain
Nicolas Germain, plasticien, a travaillé avec Jean-Marc Routoure pour imaginer Géophonies, une création à voir au Dôme. Des petites bêtes aquatiques imaginaires se meuvent sur quatre écrans, disposés en cercle. Entre chacun d’eux viennent s’intercaler huit enceintes pour créer une spatialisation du son. Géophonies est une expérience immersive apaisante. Sans dévoiler totalement la conception de cette œuvre, le duo présente cependant une carte « géographique », précieusement déposée sous une cloche en verre, avec une résistance, un circuit électrique et des lampes représentant les huit enceintes et permettant de suivre le circuit du son. « Il y a des bruits dans une résistance, explique Nicolas Germain. Pour les rendre audibles, Jean-Marc les a amplifiés mille fois. J’ai découpé des parcelles de fréquence de ce bruit rose spécifique pour les transformer en sonogramme et les insérer à des images en 3 D ». Géophonies est tout un monde coloré des profondeurs des océans qui s’anime et s’écoute.

Infos pratiques
- Jusqu’au 21 décembre, du mercredi au dimanche, à Caen
- Programmation complète
- Entrée gratuite
