Joaquim Fossi sonde le pouvoir des images

photo : Simon Gosselin

Joaquim Fossi fait un bond dans le septième millénaire et se transforme en un conférencier qui tente de comprendre pourquoi les êtres humains des années 2000 se sont abreuvés d’images. Il joue Le Plaisir, la peur et le triomphe les 10 et 11 février au théâtre des Bains-Douches au Havre avec Le Volcan.

Ce chercheur a fait une belle découverte. Des êtres humains ont inventé Internet et toute l’humanité s’est gavée d’images en tout genre. Pourquoi ? C’est la question que se pose cet archéologue travaillant dans son laboratoire un jour de 7026. Le bond dans le temps est gigantesque et Joaquim Fossi s’en amuse. « Cela me permet d’être loin de la réalité et d’être bête. Je suis un scientifique bête et le public de 2026 le sait. Je ne suis pas là pour leur apprendre des choses. Je mobilise des informations que le public connaît. Ce qui m’autorise à être dans le décalage, l’humour et le fantasme ».

Dans Le Plaisir, la peur et le triomphe, trois mots empruntés à Milo Rau et piochés dans Vers un réalisme global, Joaquim Fossi questionne le pouvoir de l’image. Dans ce livre, le dramaturge et metteur en scène suisse exposait « un paradoxe. Il était face à des images de prisonniers et ressentait plaisir, peur et triomphe. Cela m’a interpelé. Je me suis demandé ce que les images pouvaient provoquer intimement au-delà de ce qu’elles représentaient. Pour moi, cette complexité méritait d’être exploitée ».

Des images connues et interdites

Pour écrire ce spectacle, joué les 10 et 11 février au théâtre des Bains-Douches au Havre, Joaquim Fossi a consommé beaucoup d’images jusqu’à l’angoisse. Dans son rôle d’archéologue, quelque peu désinvolte, il évoque les plus connues comme le fond d’écran de Windows, le smiley, un coucher de soleil, des tableaux de grands peintres, les bulletins météorologiques, des jeux vidéos…

Sans oublier les images interdites. « C’est assez incroyables. Quand les humains ont peur, ils font des photos. Lors du tsunami en 2004, certains ont pris des photos alors qu’il fallait s’enfuir. D’autres prennent des photos d’orages. Il y a aussi les images pornographiques qui sont censées créer de l’excitation. Il était important d’en parler. Elles sont interdites mais elles sont les plus consommées. Elles représentent 35 % du trafic. Or, ce sont des mises en scène. Je préfère évoquer l’horreur de ces images en parlant de leur côté pictural pour décaler le regard ».

Dans Le Plaisir, la peur et le triomphe, Joaquim Fossi est cet archéologue, faussement naïf. Seul devant un écran et à côté de son ordinateur, il observe la fabrique des images, les représentations d’une réalité et d’une fiction. Il n’avance pas une théorie mais invente des effets et des histoires. « En fait, je ne me trompe pas tant que cela ». Après l’écriture de ce seul en scène, Joaquim Fossi garde « une plus grande tendresse pour les images. Je suis un collectionneur. De plus, j’en fabrique puisque je dessine. En les regardant, on voit le temps s’écouler ». 

Infos pratiques

  • Mardi 10 et mercredi 11 février à 20 heures au théâtre des Bains-Douches au Havre
  • Durée : 1 heure
  • Tarifs : 18 €, 16 €
  • Réservation au 02 35 19 10 20 ou en ligne
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