Silence autour de cinquante ans d’amour

Denis Podalydès, un commissaire Maigret à la hauteur / Photo Pyramide Distribution

Pour Maigret et le mort amoureux, au cinéma dès mercredi 18 février, Pascal Bonitzer adapte le roman de Georges Simenon, Maigret et les vieillards dans une France du XXIe siècle. Avec Denis Podalydès dans la peau du commissaire taiseux mais toujours aussi perspicace.

De Michel Simon à Gérard Depardieu en passant par Jean Gabin au cinéma, sans oublier Jean Richard ou encore Bruno Crémer à la télévision, les acteurs français — et pas des moindres — ont été nombreux à fumer la pipe de Maigret. Pascal Bonitzer opte pour un comédien moins impressionnant physiquement, moins large d’épaule, et pourtant Denis Podalydès en impose lui aussi dans le costume du commissaire le plus célèbre de France, héros d’une centaine de romans et nouvelles signés George Simenon entre 1931 et 1972.

Dans Maigret et le mort amoureux, Pascal Bonitzer adapte le roman Maigret et les vieillards. Cette fois, le quai d’Orsay demande au commissaire d’enquêter discrètement sur la mort de Monsieur Berthier-Lagès, un ancien ambassadeur de France à la réputation impeccable dont le corps a été retrouvé chez lui, criblé de cinq balles. Jacotte (Anne Alvaro), la domestique dévouée qui dispose d’une chambre dans la vaste demeure parisienne, n’a rien vu, rien entendu. Dans les papiers du mort, Maigret retrouve  la correspondance amoureuse qu’il entretenait depuis cinquante ans avec la princesse de Vuynes (Dominique Remond), qui vient tout juste de perdre son mari. La coïncidence interpelle l’enquêteur attentif.

Un monde d’aristocrates

En modifiant le titre du roman, Pascal Bonitzer nous donne un bel indice. Certes, le meurtre est le point de départ d’une enquête passionnante mais c’est un amour empêché qui en est le cœur vibrant. En se mettant dans les pas immédiatement d’un Maigret qui fume la pipe pour mieux réfléchir, le spectateur découvre le milieu huppé des aristocrates catholiques vivant dans le 7e arrondissement parisien, un monde corseté où chacun — que l’on soit domestique ou princesse — joue un rôle.  Et personne n’est dupe. 

Si le malicieux Denis Podalydès — le Rouletabille du Mystère de la chambre jaune de son frère Bruno (2003)— reste le centre d’intérêt du film, Anne Alvaro qu’on avait tant aimée dans Le Goût des autres d’Agnès Jaoui (1999), est remarquable en domestique mutique et nous tient en haleine jusqu’aux dernières secondes du film. Un petit bonheur dont on aurait tort de se priver…   

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