Quelle politique culturelle au Havre pour les six prochaines années ? Cinq représentantes et représentants des listes candidates aux élections municipales au Havre ont apporté plusieurs réponses lors d’un débat organisé mercredi 18 février par Le CEM et Le Tetris.
Aux prochaines élections municipales qui se déroulent les 15 et 22 mars, sept listes sont en lice au Havre. Mercredi 18 février, cinq représentantes et représentants étaient présents au débat sur la culture, proposé par Le CEM et Le Tetris, deux structures installées au fort de Tourneville ; Le Havre en débat a décliné l’invitation et le Rassemblement national n’a pas répondu. Pour Boris Colin, directeur du Tetris, et Sandrine Mandeville, directrice du CEM, il était « important d’avoir un temps démocratique et de mettre le sujet de la culture à l’ordre du jour ».
Pendant deux heures et demie d’échanges courtois, il a donc été question de la politique culturelle menée pendant les six années à venir. Sur la scène du Tetris, Magali Cauchois, Lutte ouvrière, Fabienne Delafosse, Le Havre !, actuelle adjointe en charge de la culture à la ville du Havre, Alexis Delahaye, Le Havre insoumis, Laurent Logiou, Le Front populaire havrais, et Franck Testaert, Le Havre est à vous, ont débattu sur cinq grandes thématiques qui ont permis de différencier les points de vue et les engagements de chaque liste.
La culture, essentielle ou pas ?
L’importance de la culture sur un territoire a lancé le débat. Fabienne Delafosse a rappelé « l’histoire particulière du Havre : berceau du rock et de l’impressionnisme, première maison de la culture » et souhaite « porter une grande ambition culturelle pour la ville. La culture est une rencontre entre une œuvre, un artiste et un public. Une politique doit les mettre en relation. Elle doit faciliter pour que cela existe ». « Pas de promesse » de la part de Magali Cauchois qui reprend les mots de Fernand Pelloutier, syndicaliste du XIXe siècle. « Ce qui manque à la classe ouvrière, c’est la connaissance, la compréhension pour appréhender le monde ».
Laurent Logiou a souligné l’importance de la culture par « ce qui nous raconte et ce qui nous relie. La culture construit un récit collectif. Elle raconte notre présent et imagine notre avenir. Nous demandons une culture pour tous et pour toutes et dans tous les quartiers ». Quant à Alexis Delahaye, en faisant une allusion aux propos tenus par le gouvernement de l’époque lors de la crise sanitaire, il a prôné « le caractère essentiel de la culture. Nous avons rencontré beaucoup d’acteurs havrais et nationaux. Le bilan est sombre ». « Pas de grandes promesses » non plus parce que « les budgets sont en baisse » mais il place « la culture en première position des priorités ». « Pur produit de la culture », comme il se définit, Franck Testaert, qui regarde à l’échelle de la communauté urbaine, veut « une ouverture à la culture pour tous avec plus d’apprentissage, plus d’actions culturelles et plus de diffusion ». Pour l’ancien directeur du Tetris, « une mairie doit être à côté de ses acteurs culturels. Il existe un tissu associatif très puissant et il faut continuer à le développer. Il faut laisser la place à ceux qui savent ».
Favoriser un accès à la culture
Autre sujet : la stratégie pour favoriser un accès à la culture. Alexis Delahaye part d’un principe : « chacun a un potentiel à apporter. Il faut mener des projets en commun ». Il propose « le film de l’année », réalisé par les habitants, et « des festivals populaires avec de grands concerts ». Franck Testaert envisage de « favoriser les déplacements » des habitants, de « faire un lien entre la ville haute et la ville basse », d’implanter « la deuxième salle du Volcan dans un quartier » et d’intégrer « une personne ressource à la mairie ». Magali Cauchois a « posé la question du lien, de la proximité et du prix. On peut en discuter mais cela n’a pas de sens puisque trop de choses dépendent de choix nationaux ».
Laurent Logiou a présenté « un projet éducatif et artistique pour les jeunes. Quel que soit le lieu de vie, chaque enfant, jusqu’à 25 ans, doit pouvoir être en contact avec les arts dans et hors du cadre scolaire. L’objectif est de favoriser la rencontre et de renforcer le sentiment d’appartenance ». Autres propositions : « créer un réseau d’acteurs culturels » et « valoriser les artistes du territoire ». Fabienne Delafosse a défendu son bilan avec « tout un maillage de lieux structurants et un réseau de bibliothèques, avec ses fabriques, » qui a vu son taux de fréquentation augmenter de 30 %.
Une cohérence
La mise en dialogue et/ou en cohérence de l’offre culturelle a été le sujet suivant. Pour Magali Cauchois, « l’offre n’est pas le problème. Si les gens n’ont pas envie d’aller dans un lieu culturel, c’est que l’école n’a pas pu jouer son rôle parce que la société nous pousse à l’écrasement ». Fabienne Delafosse considère que la ville a, là, « un double rôle. Celui d’être un opérateur culturel à travers la gestion des bibliothèques, des musées et des théâtres. Celui de fédérer et d’être un soutien aux acteurs culturels. Nous devons accueillir les nouveaux, monter des projets communs ». Alexis Delahaye veut « travailler sur un modèle démocratique, travailler ensemble pour voir où sont les points faibles, le manque de lieux. Il faut mettre à disposition des lieux vides, offrir les conditions aux associations afin qu’elles puissent donner de la voix ».
Quant à Franck Testaert, il pointe « le problème de la confiance entre la ville et les acteurs culturels. Il faut une reconnaissance de ces acteurs. La ville est un opérateur et se retrouve en concurrence avec eux. Il faut travailler ensemble. D’autre part, nous avons les forces et les compétences pour faire des choses au Havre. Pourquoi allez chercher ailleurs ce que l’on a chez nous ? Ce qui n’empêche pas qu’il faille faire venir des artistes d’ailleurs mais il faut revenir aux fondamentaux ». Laurent Logiou abonde, lui, dans ce sens. « La ville doit être un opérateur non concurrentiel et un régulateur ». Le candidat reprend une idée de la ville de Strasbourg : « un conseil de la culture où les structures se rencontrent tous les trimestres ».
Une liberté à défendre
Sur la liberté de création, les candidates et candidats ont été unanimes pour la préserver. À ce sujet, Franck Testaert a rappelé la loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine de juillet 2016 qui « doit être respectée. Une ville ne doit pas se mêler des choix programmatiques mais affirmer et défendre cette liberté ». Même remarque de la part de Fabienne Delafosse qui a évoqué l’autocensure. Laurent Logiou s’inquiète « des coupes budgétaires qui limitent parfois la création ». Pour Magali Cauchois, « la liberté n’existe pas » dans une société où « tout est marchandise. Tout est fait pour museler les voix dissidentes ». Alexis Delahaye s’est insurgé contre « une certaine censure » et prend l’exemple de Guillaume Meurice et Médine. « Nous défendrons la liberté des artistes ».
Quel budget ?
Le budget alloué à la culture a été le dernier sujet de ce débat. Laurent Logiou a regretté que l’enveloppe allouée a été à « zéro constant alors que les structures culturelles ont vu leurs charges augmenter de 5 à 30 % ». Pour Alexis Delahaye, « il est important de conserver le budget et même de l’augmenter ». Franck Testaert parle davantage de redistribution des moyens pour fonder « une plateforme du spectacle vivant assurant la formation des techniciens et des acteurs » et favoriser « la mutualisation pour un plus fort rayonnement ». Fabienne Delafosse a rappelé que la culture représente « le quatrième poste de dépense de la ville » avec 44,24 millions d’euros et n’avance pas « de promesse de hausse de budget ». Enfin Magali Cauchois a souligné « les baisses de dotations de l’État ».
Une première mesure
En conclusion, les représentantes et représentants des cinq listes ont fait part des premières mesures prises après leur éventuelle élection. Fabienne Delafosse annonce l’ouverture de la bibliothèque Raymond Queneau et du futur centre d’art contemporain et un agrandissement du Phare, centre chorégraphique national. Jean-Paul Macé qui a remplacé Magali Cauchois promet d’être « les yeux et les oreilles de la population écartée de la vie publique ». Franck Testaert qui avance « des mesures de mobilités » veut « rétablir la confiance entre la ville et les acteurs culturels » et faire en sorte que « Le Havre continue à être à l’avant-garde ». Alexis Delahaye a émis la volonté d’ouvrir « un musée des victimes de l’esclavagisme. Le Havre le doit à toutes ces victimes. Ce sera un lieu de partage d’idées pour parler du colonialisme et de l’esclavage et penser à demain ». Une idée partagée avec Laurent Logiou qui défend l’organisation d’assises de la culture.
