Des rencontres avec des justiciables et des acteurs du milieu judiciaire ont été le point de départ d’Affaires familiales, joué les 11 et 12 mars au Volcan au Havre pendant le festival Déviations. Émilie Rousset, autrice et metteuse en scène, s’empare d’histoires intimes pour aborder des enjeux de société.
Sept comédiennes et comédiens européens se retrouvent sur scène pour jouer une avocate spécialisée dans les enlèvements d’enfants, une avocate experte en droit des familles LGBT, un père italien d’un enfant né par GPA, une policière catalane des Mossos d’Esquadra… Toutes et tous portent une parole au plus près du public. Émilie Rousset a toujours aimé cette proximité. « Cela rejoue ce même rapport que j’ai vécu avec ces personnes et met en jeu le public. Ce sont des histoires intimes et des histoires de société. »
Pour les acteurs et actrices, munis d’une oreillette, pas d’imitation. Quelques gestes sont néanmoins reproduits. « C’est un travail performatif, indique l’autrice et metteuse en scène, directrice du centre dramatique national Orléans-Val-de-Loire, Tous gardent leur voix et leur corps. Des femmes peuvent jouer des récits d’hommes et vis-versa. Ils peuvent ne pas avoir le même âge. Il y a des écarts voulus entre le jeu scénique et l’archive initiale. Il y a un re-jeu, une réappropriation et tout cela se percute. »
Une mise au défi
Ces témoignages, Émilie Rousset les a recueillis en France, en Espagne, en Italie auprès d’avocats, de justiciables, d’associations… « Dézoomer permet de regarder comment les histoires sont sculptées par les lois et les politiques. » Cette fois, ce sont des histoires d’Affaires familiales qui ont intéressé la metteuse en scène et Sarah Maeght, co-autrice. « Certes ce sont des récits qui sont de l’ordre du privé mais ils donnent un éclairage sur le type de société que l’on veut construire. Des droits qui sont des libertés individuelles, comme celle d’arrêter une grossesse, touchent à des sujets bien plus larges. Par exemple, Trump a une vision genrée de l’humanité. Cela pourrait être accessoire. Or ces droits sont le socle d’une société égalitaire. »
Présenté les 11 et 12 mars au Volcan au Havre lors du festival Déviations, Affaires familiales raconte neuf récits bouleversants de violences conjugales, d’inceste, d’homophobie… « Le théâtre est l’endroit des histoires. La justice marche beaucoup avec des narrations. Nous avons voulu sonder la manière dont est traité un récit. Comment est-il remis en forme dans un dossier ? »
Dans une dramaturgie en puzzle, la pièce est le fruit d’un « travail de tentatives. Tout cela s’éprouve au plateau. Nous avions 150 heures de rush. L’écriture est liée au montage. Elle trace un dessin de nos réflexions », notamment sur le système judiciaire. « C’est un organe essentiel de nos démocraties mais un service public mis à mal en raison d’un manque de moyens. Tous travaillent avec force, foi et dévotion. La justice est le reflet de ce à quoi la société est mise au défi. » Les mœurs peuvent en effet précéder la loi, comme pour le mariage pour tous.
Infos pratiques
- Mercredi 11 mars à 19 heures, jeudi 12 mars à 20 heures au Volcan au Havre
- Durée : 2h30
- Tarifs : 25 €, 22 €
- Réservation au 02 35 19 10 20 ou en ligne
