Ils et elles sont désormais des Fous de la rampe. Depuis trente ans, le festival de théâtre amateur, proposé par l’Université de Caen Normandie et le Crous Normandie, permet à des troupes étudiantes de faire leurs premiers sur une scène.
« Je ne peux pas imaginer ma vie sans théâtre ». Enfant, Paola Houillez rêvait de cinéma pour devenir scénariste et réalisatrice. « Dans ma tête, il fallait que je sache jouer pour diriger les acteurs. Pendant la formation, le théâtre est devenu une évidence. L’écriture a tout bouleversé. La petite fille a changé. » L’autrice met en scène Horizon Rocade de Simon Langman. « Ce travail me plaît vraiment. Je peux faire apparaître sur le plateau tout ce que j’ai dans la tête. » Avec Les Fous de la rampe, le festival du théâtre amateur de l’Université de Caen Normandie et du Crous Normandie, Paola Houillez vit ainsi « une première expérience semi-professionnelle. »
Comme les étudiantes et étudiants de la compagnie Syncytium qui, après la théorie, veulent s’atteler à la pratique. « Nous découvrons tout le processus de création. » L’important pour cette troupe, c’est de le « faire ensemble. Le théâtre est une aventure humaine, un art collectif. Il est impossible de faire les choses tout seul. Nous sommes tous liés. Le théâtre, c’est avant tout du partage. »
Une chance
Pour ces jeunes gens, Les Fous de la rampe représentent « une belle opportunité de créer, se réjouit Agathe Rigaux, autrice et metteuse en scène. Nous pouvons le faire librement, certes dans une contrainte de temps mais le ton et les sujets sont libre. C’est une réelle chance. »
Lors de cette trentième édition des Fous de la rampe qui s’est tenue du 23 mars au 10 avril, la grande majorité des compagnies ont abordé des thèmes politiques, comme le lien entre le temps et l’argent dans Un Monde ou rien, la pollution d’un pétrolier échoué le 16 mars 1978 dans Portsall, la place du théâtre dans Un Spectacle de gauchistes ou comment l’art (ne) sauvera (pas) le monde des flammes de l’enfer capitaliste hétéropatriarcal, le désespoir des ado à la campagne dans Horizon Rocade. Il faut ajouter les sciences dans Les Biais, ou comment ils ont massacré les dieux.
Il y a chez ces étudiants et étudiantes « la nécessité de parler. Ce sont des thèmes qui sont peu abordés au théâtre », remarque Agathe Rigaux. « C’est à nous de nous emparer de ces sujets parce que nous sommes les futurs adultes dans une société qui bascule vers l’extrême-droite et qui laisse de moins en moins de place aux artistes. Il faut prendre la parole pour se faire entendre. C’est notre façon de militer et cela se fait à travers l’art », ajoute Paola Houillez.
D’une édition à une autre, chaque troupe de théâtre marque de son empreinte les Fous de la rampe, un festival, sans cesse renouvelé, qui s’ouvre à des univers singuliers.
