Ben Glassberg : « je pars avec l’envie de revenir »

Photo : Caroline Doutre

Ben Glassberg termine son deuxième mandat à la direction musicale de l’Opéra de Normandie Rouen avec deux concerts de gala qu’il dirige samedi 27 juin au Théâtre des Arts. C’est une aventure qui prend fin après six saisons, après des allers et retours dans un vaste répertoire, plus féminin, après un travail solide et subtil avec l’orchestre, aussi après une dépression. Pour ces soirées, il a convié des solistes avec qui il a partagé la scène. Il retrouve le pianiste Benjamin Grosvenor dans Burleske de Strauss, le guitariste Thibaut Garcia dans le Concerto de Aranjuez de Joaquim Rodrigo, la soprano, Sally Matthews, et le baryton-basse, Jean-Fernand Setti, dans Capriccio de Strauss. Le samedi, le baryton Huw Montague Rendall sera là pour interpréter l’air du comte Almaviva dans Les Noces de Figaro de Mozart, et Ich bin der Welt abhanden gekommen de Mahler. Entretien avec Ben Glassberg.

Comment qualifieriez-vous ces six saisons passées à l’Opéra de Normandie Rouen ?

Ces six années sont vraiment un voyage. Si je regarde aujourd’hui l’homme que j’étais lorsque je suis arrivé, il est différent. Quand j’ai commencé à Rouen, j’étais un bébé en tant que musicien et chef. J’ai tellement appris avec les musiciens de l’orchestre et lors des expériences menées ailleurs. Je suis très reconnaissant à cette équipe. J’ai grandi musicalement. Ces années m’ont construit.

Qu’est-ce qui a fait que vous avez grandi ?

J’ai compris qu’il fallait être soi-même. J’ai eu tendance à faire en sorte que tout le monde m’aime. Après des années, j’avais perdu une partie de moi-même. Or, il faut être dans une authenticité et surtout ne pas être quelqu’un d’autre. Je l’ai appris grâce aux erreurs et aux succès.

Combien de temps faut-il pour bien connaître un orchestre ?

C’est une question difficile. Mon premier mandat de trois ans m’a permis de comprendre comment fonctionne l’orchestre. Pendant le deuxième, j’ai pu travailler à la manière dont il doit fonctionner et vivre. J’ai davantage apporté. Lors d’un mandat, on veut toujours faire beaucoup plus. Si j’étais resté là vingt ans, j’aurais pu faire encore plein de choses. En six ans, il y a eu un grand progrès. Nous avons continué à chercher. Avec Pierre (Dumoussaud, ndlr) qui me remplace, nous avons le même esprit mais des goûts très différents. J’aime sa vision de l’avenir de l’orchestre.

Durant ces six années, il vous a tenu à cœur de parcourir un répertoire très large.

Absolument, j’ai voulu qu’il soit le plus large possible. Nous avons joué plus de musiques écrites par des compositrices. Ce sont des envies partagées avec Loïc Lachenal (directeur général de l’Opéra de Normandie Rouen). C’était quelque chose d’évident pour nous. D’autant que l’orchestre est très à l’écoute. Puis nous avons joué des classiques, notamment les œuvres de Wagner. J’ai aimé pousser les limites et ce fut une grande réussite.

Dans ces choix de répertoire, il y a eu aussi la volonté de raconter les turbulences du monde. Pourquoi ?

Ça, c’est très organique. Il y a des œuvres qui arrivent en résonance avec ce qu’il se passe dans le monde.

Est-ce difficile de construire une saison ?

En fait, non, ce n’est pas difficile si on est en accord avec le directeur. Ce fut simple avec Loïc. Nous avions souvent les mêmes goûts, la même vision de la direction à prendre. Ce fut très agréable. Dans ce travail de direction musicale, écrire une programmation a été le travail que j’ai le plus aimé.

Vous avez également fait de belles rencontres artistiques.

Je suis hyper chanceux. J’ai profité de ces moments avec les solistes et les chefs invités. Ce fut un grand plaisir.

Lorsque vous êtes arrivé à Rouen, il y a eu la crise sanitaire et les confinements. Comment avez-vous vécu ce moment ?

Ma première saison s’est déroulée pendant les confinements. Cela n’a pas été le début le plus facile. Mais, tout en respectant les règles sanitaires, nous avons beaucoup travaillé. Il y a eu des enregistrements, des streamings. Le chemin n’était pas facile. C’est pour cette raison aussi que je suis content de ces six années. Nous avons joué de la bonne musique.

Ces six années sont marquées par la réunion de l’orchestre de l’Opéra et de l’orchestre régional de Normandie. 

Oui et cela ne fut pas toujours facile. Pour moi, il a été important que les deux phalanges gardent leur propre identité. À côté de cela, ce que nous avons fait ensemble est plus grand que ce que l’on peut faire séparément. C’est grâce aux musiciens que cela fonctionne. C’était un projet très important et je suis heureux de l’endroit où nous sommes arrivés.

Que ressentez-vous avant ces deux concerts ?

Je suis traversé par plein d’émotions. J’ai apprécié l’humanité extraordinaire de ces musiciens. J’ai eu une dépression. C’est un orchestre qui soutient son directeur musical. Alors je pars avec l’envie de revenir. Ces concerts vont être joyeux et festifs.

Quelle sera la suite pour vous ?

Je serai free lance. Depuis l’année dernière, j’ai changé ma relation au travail. J’adore mon métier. C’est un métier de rêve. Aujourd’hui, mes priorités sont ma famille et ma santé. J’ai envie de passer plus de temps avec mes enfants. Désormais, j’ai cette chance de pouvoir dire non et d’accepter les projets dont j’ai vraiment envie de mener. Diriger est un job et pas la vie. Depuis que j’ai réalisé cela, je prends encore plus de plaisir à exercer ce métier.

Infos pratiques

  • Samedi 27 juin à 18 heures au Théâtre des Arts à Rouen
  • Durée : 1h40
  • Possibilité de porter des gilets vibrants pour le concert du samedi 27 juin
  • Tarifs : de 38 à 10 €
  • Réservation au 02 35 98 74 78 ou en ligne
  • Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
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