Après l’enfant du milieu qui nous fait fondre dans Le Corset de Louis Clichy, on s’émeut pour une fillette qui cherche à rencontrer son père dans Quelques Mots d’amour de Rudi Rosenberg. Un petit bijou à voir dans les salles de cinéma mercredi 28 octobre.
Il y a certainement un bon nombre d’anecdotes personnelles dans ce film de famille. Mais pour écrire ces Quelques Mots d’amour, Rudi Rosenberg s’est inspiré de l’émission belge Strip-Tease dont un reportage intitulé Papa va venir suivait une mère élevant seule ses filles qui attendaient la visite du père, en vain. « La recherche du père — ou je dirais plutôt du géniteur — c’est surtout un prétexte pour filmer la relation avec la maman et la fille et tout l’amour qu’il y a entre elles, même si elles sont maladroites », confie le réalisateur lors de son passage à l’Omnia de Rouen. Tout est dit, et si pendant quatre-vingt-dix-sept minutes, on n’entend que Quelques Mots d’amour, le film est bourré de cet amour qui se niche dans les blagues, les câlins, les regards, les attentions et même parfois les disputes…
Rudi Rosenberg nous emmène dans le Sarcelles d’il y a trente ans, sans téléphone portable, sans internet… D’entrée, il met en scène Erika (Hafsia Herzi) qui accompagne sa fille au pied d’un immeuble. Elles souhaitent simplement parler à un homme qui n’est autre que le père d’Abigaëlle (Ella Bedoucha). À 7 ans, la fillette ne l’a jamais vu et, persuadée qu’il l’aime en secret, souhaite le rencontrer. Mais la porte restera close.
Des personnages attachants
La photo du père déchirée une fois jetée à la poubelle, la vie semble avoir repris son cours avec un petit frère taquin et un chien abandonné comblant un manque pour la fillette qui s’est sentie rejetée. Mais alors qu’Erika pensait la page définitivement tournée, elle retrouve la photo du père recollée. À14 ans, Abi (Nour Salam) a repris ses recherches en cachette et ne désespère pas de retrouver son géniteur.
En dessinant des personnages attachants et drôles, Rudi Rosenberg parvient à nous faire sourire et même parfois rire avec un sujet sensible, le sentiment d’abandon, de rejet, et ce besoin de retrouver celui qui nous manque qui vire à l’obsession. Hafsia Herzi est parfaite en mère douce, attentive aux besoins de ses enfants mais qui montre aussi quelques moments d’agacement au point d’aider sa fille, comme pour se débarrasser une fois pour toute d’un problème.
Le film fonctionne aussi grâce aux deux jeunes comédiennes qui nous font croire à l’obsession d’Abi. « J’ai fait un casting sauvage auprès des habitants de Sarcelles, et beaucoup de parents sont venus avec leurs enfants. Beaucoup sont dans le film d’ailleurs, raconte le réalisateur. Ella Bedoucha qui joue Abigaëlle petite était très souvent en totale improvisation. Elle a la tchache de Sarcelles, les mots lui sortent tout seul, elle est vivante. Alors que Nour Salam avait besoin de s’appuyer sur un texte. Elle voulait être dirigée. Et elle a une profondeur qui résonne bien avec le personnage. » Le spectateur passe un très bon moment auprès de cette famille monoparentale avec laquelle on aurait bien envie d’échanger Quelques Mots d’amour.
- Quelques mots d’amour de Rudi Rosenberg (France, 1h37) avec Hafsia Herzi, Nour Salam, Ella Bedoucha…
