Ses spectacles sont toujours des voyages vers un ailleurs merveilleux. Nosfell est un conteur, un poète, un chanteur avec une voix au timbre si singulier et un performeur élégant. Il est un artiste associé au Volcan au Havre où il reprend Le Corps des songes, un seul en scène. Dans ce spectacle aux multiples formes, il traverse ses interrogations dans son pays imaginaire, le Klokochazia, et dans cette langue musicale, le klokobetz. Il joue jeudi 9 novembre avant le concert Des Arts sonnés, des arts sonnants avec le collectif PiedNu, les soignants et les patients de l’hôpital Pierre-Janet. Entretien avec Nosfell.
Quel rôle souhaitez-vous tenir au Volcan en tant qu’artiste associé ?
Le Volcan me fait confiance pendant plusieurs saisons. En retour, j’ai envie d’apporter quelque chose à la communauté. Revenir régulièrement sur un territoire permet de connaître le public, d’échanger avec lui. C’est un moment qui permet d’être dans la transmission. Aujourd’hui, je me pose beaucoup de questions sur la place de l’artiste dans la cité. Au tout début, j’ai pas mal tourné avec ma musique. Dans le milieu des musiques actuelles, on arrive à un endroit à 14 heures, on fait les balances à 16 heures, on joue à 20 heures, puis on repart. En résidence, il est possible d’être dans une dynamique de travail, de creuser une idée. Techniquement, Le Volcan va aussi coproduire ma prochaine création. Il y a un rapport de tutelle. J’aime bien ça aussi.
Est-ce que ce schéma des tournées vous pesait ?
Je viens d’une famille modeste. J’ai grandi en banlieue. Je suis allé au théâtre assez tard. J’ai commencé la musique dans la rue, dans les clubs jusqu’à ce que l’on s’intéresse à moi. J’étais content. Au fil du temps, ma démarche sur scène a évolué. Je ne voulais plus être seulement derrière le micro et la guitare. Je ne voulais plus seulement composer, arranger, orchestrer… Je n’aimais pas le rapport de force avec les maisons de disques. Tout cela m’a un peu fatigué. J’avais envie d’être davantage en recherche.
La danse a toujours tenu un place importante. Même pendant les concerts. Pourquoi ?
En concert, j’ai créé des dispositifs pour lâcher la guitare et le micro. J’ai besoin de m’exprimer physiquement. La voix implique le corps et le corps implique la voix. Quand je chante, je vais chercher des sons, je cartographie mon corps. Dès que la transe opère, le corps doit être dans des tensions et en torsions pour aller chercher des sons.
Dans vos spectacles, vous revenez très souvent à l’enfance.
L’enfance, c’est de l’ordre de l’obsession. J’ai grandi dans des violences conjugales, physiques et sexuelles qui m’ont heurté. Je me soucie beaucoup pour les autres, surtout pour les enfants. Cette langue que j’ai inventée vient de mon père. Il me demandait de lui raconter mes rêves, de lui réciter des textes que je devais apprendre par cœur. Très tôt, je vocalisais des mots que mon père me répétait. Il traversait une crise mystique. J’ai absorbé tout cela comme une religion. J’étais dans une religion archaïque, connectée à des rituels. Face à cela, je ne me suis pas autorisé à être un enfant. Mon adolescence n’a pas non plus été vécue. J’ai eu des responsabilités très tôt. J’ai dû aider ma mère. Pour traverser ces moments de manière légère, je me suis inventé un monde imaginaire. Cela m’a permis d’être au plus près de mes sensations. Comme si ma langue, le français, ne me permettait pas de le faire.
D’où un lien fort avec le conte.
Le conte est un refuge. C’est la première littérature qui m’a marqué. Et je l’ai prise très au sérieux. La Mythologie de Hamilton est mon livre de chevet. Je suis entre la recherche, l’anthropologie et la féerie.
Le Corps des songes est votre premier rendez-vous au Volcan. Comment est né ce spectacle ?
Quand j’ai commencé à écrire, je ne voyais pas d’autres formes que le conte. Le roman, comme autofiction, n’est pas fait pour moi. J’ai besoin d’exploser les manuscrits, d’être dans une tentative de spectacle total. Tout est créé : le livret, la musique, la danse, la scénographie, les lumières…. La naissance de ma fille en 2015 m’a amené à une réflexion : son corps est son territoire. J’ai souhaité un spectacle-vérité, être dans une intimité généreuse et créative. Le Corps des songes raconte l’histoire d’un enfant qui subit des violences à l’école et il n’a aucune oreille autour de lui pour l’apaiser. Alors il se réfugie dans une histoire épique. Elle est composée de trois parties. La première est autobiographique, parlée et chantée. La deuxième, plus fantasmagorique, est semblable à une pièce opératique. Dans la dernière partie, il y a moi, l’adulte, qui parle à moi, l’enfant, et qui essaie de l’apaiser. Ce spectacle est un long poème, une grande fresque où tout est lié et connecté. C’est une cartographie pure d’un monde imaginaire et mental, une personnification d’un songe.
Vous parlez de cartographie. Dans Le Corps du songe, vous jouez et dansez sur une carte dessinée au sol.
C’est la carte que je me suis fait tatouer dans le dos à mes 18 ans. C’est une manière de me réapproprier ma peau, ma chair. Nadia Lauro (qui signe la scénographie, ndlr) a eu la bonne idée de la reprendre au sol en utilisant comme un système de pochoir. Elle a aussi proposé de travailler avec la malachite verte. Il y a une superstition au sujet de la présence de la couleur verte sur les plateaux de théâtre. Nous prenons cette fatalité et la retournons.
Il y a un autre projet qui est proposé au Volcan avec l’association PiedNu, les patients et les soignants de l’hôpital Jean-Janet. Qu’est-ce Des Arts sonnées, des arts sonnants ?
C’est un projet monté avec Arnaud Le Mindu. Nous confrontons nos univers musicaux sur le texte de Florent, un des participants de l’atelier, qui a imaginé une histoire de zombie. J’ai été invité à jouer, à réinterpréter en direct nos propositions sonores.
Infos pratiques
- Jeudi 9 novembre à 20 heures : Le Corps des songes. Tarifs : de 25 à 5 €
- Samedi 10 novembre à 19 heures : Des Arts sonnées, des arts sonnants. Gratuit
- Spectacles au Volcan au Havre
- Réservation au 02 35 19 10 20 ou sur www.levolcan.com
