Une exposition de Pierre et Gilles est toujours un bain de fraicheur et de fantaisie. Le duo, photographe et peintre, présente de fabuleux Mondes marins jusqu’au 4 janvier 2026 aux Franciscaines à Deauville.
Parcourir une exposition de Pierre et Gilles, c’est plonger dans un conte fantastique avec des personnages au regard mélancolique et aux vies cabossées, des ambiances très colorées et des épisodes, pour certains joyeux et d’autres dramatiques. Tout est très théâtral dans l’œuvre de ce duo certainement parce que tout commence par la conception d’un décor. « Notre plaisir est là. À chaque fois, nous créons une nouvelle composition dans laquelle un modèle vient poser. C’est toujours un beau moment, même une petite fête pour nous ». Pierre photographie et Gilles ajoute sa touche de peinture. Ensemble, ils subliment un monde ou en révèlent les profondeurs.
Dans le travail de Pierre et Gilles, il y a un thème récurrent : l’univers maritime. Presque une évidence : tous les deux sont nés non loin de la mer. Pierre à La Roche-sur-Yon et Gilles à Sainte-Adresse. Aux Franciscaines à Deauville, le photographe et le peintre proposent jusqu’au 4 janvier une exploration des Mondes marins avec une série d’œuvres retraçant plusieurs périodes de leur travail. Parmi celles-ci figurent quatre nouveaux tableaux.
La fête, les rêves, la solitude
L’exposition débute par une série de portraits d’hommes portant cette célèbre marinière. Comme Jean-Paul Gaultier, au milieu de pâquerettes, ou Étienne Daho avec le perroquet sur son épaule. La photo deviendra la pochette de La Notte, la notte, l’album sorti en 1984. Il y a aussi les marins, aux muscles bien gonflés, avec leur béret. Pour deux d’entre eux, c’est un moment de joie partagé. Un troisième se console à la guitare en pleine nature. Les autres sont empreints de gravité. Pierre et Gilles rappellent avec ces œuvres les temps de guerre et l’actualité sombre. Dans Être marin et Bleuets de France, deux nouveaux tableaux, le duo joue sur les contrastes avec les visages angéliques et tristes de Yulian Antukh et de Margaux Martin — l’un porte une arme, l’autre, un bouquet de bleuets — et un décor doux de fleurs de printemps. Il y a aussi ces marins posant dans une scène de guerre.
Le monde maritime, c’est aussi la fête avec ses excès, les nuits de solitude, les bas-fonds dans les ports. Dans Le Docker noir, troisième création, Pierre et Gilles font allonger Steven Biaffry sur des sacs de café déchargés sur un quai du Havre plongé dans la noirceur. Les deux artistes se sont inspirés du roman éponyme d’Ousmane Sembène où Diaw Falla, docker solitaire, rêve de devenir écrivain. Peut-être sur ce même quai plus loin attend une femme seule (Sylvie Vartan) dans le froid de l’hiver normand et chante une jeune femme, accompagnée par un accordéoniste, pour gagner sa vie. Pierre et Gilles ne pouvaient oublier les naufrages et les noyades avec cette série de portraits d’hommes échoués sur une plage de galets pour évoquer l’épidémie du sida qui a emporté plusieurs de leurs amis.
Pierre et Gilles en appellent alors aux divinités et à des créatures vivant dans les profondeurs de la mer. Isabelle Huppert devient une Ophélie, Nina Hagen, Amphitrite, Kylie Minogue, une sirène protectrice des marins, Tahar Rahim, un super héros dans un costume rouge étincelant. Il y a aussi Philomène, la patronne des bateliers, incarnée par Mica Argañaraz, tenant une ancre au milieu de méduses et d’algues. Le Rêve de Thalatta, la quatrième création, réunit Victor Weinsanto et Meng Ji, le styliste avec le mannequin portant cette robe de sirène formant une créature étrange sous une lune orangée. C’est tout un univers fantastique qui s’étend avec ses couleurs franches, ses brillants et sa magie.













Infos pratiques
- Jusqu’au 4 janvier 2026, tous les jours, sauf le lundi, de 10h30 à 18h30, aux Franciscaines à Deauville
- Tarifs : de 13 à 5 €
- Renseignements en ligne
