Louis de Villers : « Giono écrit pour célébrer la vie »

photo : DR

Je ne peux pas oublier, a écrit Jean Giono (1895-1970). Soldat de deuxième classe dans l’infanterie pendant quatre ans, l’écrivain a toujours porté « la marque » de la Première Guerre mondiale. Durant toute sa vie, la douleur a été vive. Il la décrit dans un manifeste humaniste et un plaidoyer pour la paix que reprend Louis de Villers, comédien talentueux et complice de la compagnie Le K de Simon Falguières. C’est au Moulin de L’Hydre à Saint-Pierre d’Entremont, lors du festival, qu’il en lit samedi 6 septembre une adaptation, Vivre !, partagée avec la batteuse Yuko Oshima. Entretien avec Louis de Villers.

Est-ce que Jean Giono est un auteur qui vous accompagne ?

Oui, étonnamment. Je l’avais étudié au lycée mais je n’en avais rien gardé. Je l’ai redécouvert avec un court roman d’errance, Un de Baumugnes. J’ai toujours eu envie de travailler cet auteur. Je l’ai fait d’ailleurs plusieurs fois lors d’ateliers au Moulin de L’Hydre.

Pourquoi cet auteur vous interpelle tant ?

Quand je lis un livre de Giono, je me dis que j’aurais eu envie de l’écrire. Il y a chez lui une forme de candeur lorsqu’il évoque l’amour de la vie, la nature. Je trouve cela magnifique d’assumer cela avec autant de puissance. Dans Je ne peux pas oublier, on comprend que la guerre a été un vrai traumatisme pour lui. Il l’a traversée avec un fusil qui ne fonctionnait pas. Sa fille raconte que son père sautait dans un fossé lorsqu’il entendait un avion. Malgré ce cauchemar, Giono écrit pour célébrer la vie. Il était attaché aux enfants, au partage des repas, à la joie d’être ensemble et de faire communauté. Il le dit aussi dans Que Ma Joie demeure. Tout cela me parle aujourd’hui.

Giono était un pacifiste.

Oui, c’est l’introduction du spectacle. Le lien avec ce que nous vivons n’est pas anodin. C’est pour cette raison que j’ai voulu partager ce texte. Une guerre se déclare pour des raisons qui ne sont jamais humaines.

Giono parle aussi de désobéissance.

Oui et c’est très fort. Pour lui, cela n’a pas été simple. Il a quand même fait la guerre et se promet ensuite de désobéir. Son pacifisme l’a conduit à être accusé de collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale. Il refusait simplement de faire la guerre. Ces idées pacifistes ont été entendues comme quelque chose qui allait contre la patrie. À la lecture, j’y vois une sorte d’humanisme et d’anachronisme profond. Je suis profondément bouleversé par les images que je vois aujourd’hui. Face à l’inaction à laquelle je suis réduit et celle du pays dans lequel je vis, je ne trouvais pas de mots. Cette lecture m’a fait du bien. Je fais le pari qu’elle fera du bien au public. 

Comment ce livre vous a réconforté ?

Il y a des choses dans lesquelles je me reconnais. Je suis très attaché à la nature, aux enfants… J’aime la langue de Giono, remplie de candeur poétique. Ce texte me bouleverse. Il est écrit à la première personne. C’est comme si c’était moi. Je suis dans un jeu sensible mais je ne dois pas me laisser déborder par l’émotion.

Vous avez imaginé cette lecture en trois parties et avec la musicienne, Yuko Oshima.

Dans cette lecture, il y a une double écriture : celle de Giono et celle de Yuko. La batterie apporte un récit. La première partie est un solo de batterie qui évoque la guerre. Suivent la lecture du texte et à nouveau un solo de batterie. Avec Yuko, nous avons mis du temps à nous trouver. Pendant notre travail, elle est repartie au Japon pour les commémorations des attaques à la bombe atomique pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour nous, ce sont deux pages dans un livre d’histoire. Là-bas, c’est un réel traumatisme. Elle vit aussi cette lecture avec une grande sensibilité.

La programmation du festival

Vendredi 5 septembre

  • À 19 heures : Bien Parado du collectif La Méandre
  • À 21h30 : Koudour de Hatice Özer

Samedi 6 septembre

  • À 14 heures : Le Prélude de Pan de Clara Bédouin
  • À 17 heures : orchestre du Nouveau Monde
  • À 18h30 : Vivre ! de Louis de Villers et Yuko Oshima
  • À 21 heures : Le Journal d’un autre de Simon Falguières
  • À 22h30 : Deadwood
  • À minuit : Contrebande

Infos pratiques

  • Vendredi 5 septembre dès 18 heures et samedi 6 septembre dès 13 heures au Moulin de L’Hydre, Les Vaux à Saint-Pierre-d’Entremont
  • Prix libre
  • Réservation au 09 80 91 56 44 ou en ligne
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