Pauline Loquès dédie son premier long-métrage, Nino, à un ami mort d’un cancer agressif à 37 ans. Sur un sujet douloureux, elle signe un film doux porté par l’exceptionnel Théodore Pellerin. Un nouveau Prix d’Ornano-Valanti à découvrir sur les écrans de cinéma mercredi 17 septembre.
Certains se souviennent de Cléo de 5 à 7, Agnès Varda filmant en 1962 l’errance d’une jeune femme craignant d’être atteinte d’un cancer. Cléo passe alors les deux heures précédant le verdict à chercher du réconfort. Cinquante ans ont passé et c’est une autre femme, Pauline Loquès, qui, pour son premier film, s’intéresse à la maladie non pas au moment où il faut la combattre comme Emmanuelle Bercot avec De Son Vivant (2021), mais à l’heure du diagnostic. Comment Nino va-t-il digérer les informations qu’il reçoit et gérer son rapport aux autres à l’aune de cette angoissante révélation.
Pauline Loquès nous place d’emblée dans la froideur d’un hôpital immaculé. Une jeune médecin met un nom compliqué sur la grave maladie que Nino (Théodore Pellerin) pensait anodine et énumère les traitements qu’il va devoir subir le plus tôt possible. Complètement perdu, Nino comprend qu’il a trois jours pour faire congeler son sperme et pour trouver celui ou celle qui l’accompagnera à l’heure des premiers soins… Alors qu’il aimerait s’enfermer chez lui, Nino découvre qu’il a perdu ses clés. Enfermé dehors, c’est pour lui le début de trois jours d’errance, trois jours pendant lesquels il retrouvera une ex petite amie, fêtera sans joie un anniversaire avec ses meilleurs potes, croisera une amie d’enfance, ira voir sa mère…
Un comédien charismatique
« Après la mort d’un ami, j’étais hantée par ce personnage de jeune homme à qui on fait une telle annonce, raconte Pauline Loquès, en présentant Nino à l’Omnia de Rouen. Je me suis mise à écrire pour essayer de comprendre, me réconcilier avec la vie, avec la maladie, sans même penser en faire un film. Finalement, j’ai voulu tirer le personnage vers la lumière. »
Et c’est réussi. Passée le choc du diagnostic, le spectateur suit en douceur les déambulations et les rencontres de Nino filmées dans un doux clair obscur qui convient parfaitement à l’état d’esprit du personnage. D’une justesse irréprochable, le charismatique Théodore Pellerin donne au taiseux Nino une vérité qui passe par ses regards doux, ses sourires tristes, ses déplacements qui semblent être filmés au ralenti. « Tout ça, c’est grâce à Pauline qui sait faire sortir les choses de nous, parce qu’elle les voit mieux que nou, », assure modestement le comédien québécois qui a gommé son accent pour jouer Nino. « Je ne l’ai pas gommé, corrige-t-il, j’ai juste pris l’accent français. Et ça vient tout seul. J’ai plus de mal avec l’accent américain. »
Lors de la soirée de clôture du festival du Cinéma américain, Nino a reçu le Prix d’Ornano-Valanti qui récompense un premier film, et Pauline Loquès présentait alors Théodore Pellerin comme l’un des « meilleurs acteurs au monde »… Il faut dire qu’on a pu le découvrir dans un film en compétition à Deauville, Lurker d’Alex Russell, et cette fois-ci, il était particulièrement antipathique. C’est certain, le jeune Québécois a de l’avenir à l’international.
- Nino de Pauline Loquès (France, 1h36) avec Théodore Pellerin, William Lebghil, Salomé Dewaels…
