Simón Mesa Soto nous emmène en Colombie sur les pas d’Un poète en manque de reconnaissance sur les écrans de cinéma mercredi 29 octobre. D’abord antipathique, cet égocentrique nous touche en venant en aide à une adolescente douée.
Prix du Jury dans la section Un certain regard à Cannes, Un poète nous emmène à Medellín et le voyage en Colombie vaut le détour. Simón Mesa Soto imagine un poète, Óscar Restrepo (Ubeimar Rios), qui n’a pas publié depuis de longues années. S’il est encore invité pour quelques lectures publiques, le manque de reconnaissance notoire le rend frustré, nerveux… voire même antipathique. Il faut dire qu’Óscar n’a pas grand-chose pour lui : petit, gringale et, son charisme est au plus bas.
Ubeimar Rios, instituteur de métier et pigiste, se glisse fièrement dans la peau d’Óscar et joue avec sincérité l’éternel insatisfait doublé d’un égocentrique déplaisant. Il agace tout le monde — le spectateur aussi —, autour de lui et beaucoup cherchent à l’éviter. Même sa propre mère, qui lui offre gite et couverts, ne le supporte plus. Quant à sa fille, c’est à peine si elle lui parle. On comprend pourquoi le poète maudit mène une existence solitaire.
Heureusement, si la première demi-heure ne nous donne pas vraiment envie de passer deux heures en sa compagnie, la vie d’Óscar va être bouleversée par une rencontre. Celle de Yurlady (Rebeca Andrade), une ado issue d’un milieu populaire, très douée pour la poésie. Interloqué, Óscar va arrêter de tourner en boucle autour de ses illusions perdues et la prendre sous son aile. Son but : l’amener à participer à un concours national de poésie qu’elle ne peut, selon lui, que remporter.
L’art, une industrie
Un Poète évoque la vie compliquée des artistes qui ne parviennent pas à vivre de leur art. Doivent-ils insister dans la voie qu’ils ont choisie au risque de s’endetter ou de vivre à la charge des autres ? Doivent-ils abandonner et chercher un travail rémunérateur ? Ont-ils vraiment du talent ? Vont-ils le gâcher en ne se consacrant pas totalement à leur art ? Pour Simón Mesa Soto, c’est l’occasion de rappeler que l’art, c’est aussi une industrie — le cinéma en est le parfait exemple. Qu’avant de se lancer, les producteurs, les sponsors, ici les éditeurs, ou les animateurs d’une émission de télévision ont besoin de s’assurer d’un succès minimum.
Le réalisateur colombien s’intéresse aussi aux classes sociales de son pays. Dès qu’il retrouve un travail d’enseignant, Óscar retrouve le moyen d’aider la famille XXL de Yurlady. Sa mère étant absente — elle travaille trop loin — l’ado calme vit dans le brouhaha quotidien, entourée de sa grand-mère, de ses oncles, tantes, neveux et nièces… Tout un poème !
Quant à Óscar, s’il nous fait parfois de la peine, il nous arrive de rire de ses déboires, de son acharnement, de son entêtement et on finit par s’attacher à cet homme fragile qui retrouve l’espoir. Pas pour lui, mais pour une jeune fille. Et c’est encore plus beau.
- Un Poète de Simón Mesa Soto (Colombie, 2h01) avec Ubeimar Rios, Rebeca Andrade, Guillermo Cardona…
