Fredrika Stahl est une artiste au talent protéiforme. Du jazz vocal à ses débuts, la pianiste a tracé quelques sillons pour arriver à une pop aérienne, élégante et relevée d’une voix caressante. Elle peut bifurquer aussi vers le cinéma — elle a signé la bande originale de Demain, le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent. Pour le festival des Boréales, l’artiste suédoise traverse tout son répertoire avec l’ensemble de l’Opéra de Normandie Rouen. Elle est en concert jeudi 20 novembre au 106 à Rouen et samedi 22 novembre au théâtre à Hérouville-Saint-Clair avec la Comédie de Caen et le Big Band Café. Entretien avec Fredrika Stahl.
Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec un orchestre. Quelle est la particularité de ce projet présenté pendant Les Boréales ?
J’ai déjà travaillé avec un orchestre mais pour des enregistrements. C’est la première fois que je donne un concert avec un orchestre. L’autre particularité : je reprends quinze chansons issues de tous les albums. J’ai même pioché dans le tout premier. Ce sont des titres qui ont vingt ans maintenant. Pour ces concerts, je revisite mon répertoire.
Quels sentiments avez-vous ressenti lorsque vous vous êtes plongée dans ce répertoire ?
C’est toujours un peu difficile de retrouver d’anciennes chansons parce que nous sommes toujours davantage en phase avec les nouvelles. Cependant, il y a eu un peu de nostalgie et des regards quelque peu négatifs. Je me suis dit parfois : ok, j’ai fait ça aussi ! C’est comme si j’avais retrouvé de vieilles photos. J’ai toujours écrit sur des sujets personnels. Ces chansons sont donc des histoires que j’avais besoin de raconter à ce moment-là. Cela remue quand même pas mal de choses.
Comment avez-vous fait votre choix ?
Je me suis tout d’abord demandé quelle chanson j’aimerais bien rechanter. Après, j’ai essayé de me projeter avec un orchestre. Quel titre va fonctionner ? Pour une tournée, on choisit les chansons du nouvel album et on ajoute les anciennes que le public a envie d’entendre. Là, c’est l’occasion de reprendre des titres que je n’ai pas joués depuis un moment. Comme la toute première, Try Again. C’est drôle ! J’ai voyagé à travers mes disques. J’ai repris également trois morceaux du film Demain et quelques-uns qui n’ont pas encore été enregistrés.
Comment avez-vous travaillé avec Romain Didier qui signe les arrangements ?
Nous avons beaucoup échangé pendant plusieurs mois. Dès les premières maquettes, il a trouvé le bon ton.
Est-ce une redécouverte de vos chansons ?
Au début, c’était assez déstabilisant. Ce sont des chansons avec lesquelles je vis depuis longtemps. C’est surprenant de les redécouvrir avec de nouvelles harmonies. Par ailleurs, à chaque fois que je travaille avec un orchestre, je suis presque en larmes. C’est tellement beau. Un orchestre a une telle puissance. Pendant les enregistrements, il m’est arrivé d’avoir envie de sortir de mon corps pour juste l’observer. Il faut rajouter le côté éphémère du projet et le partage avec public. C’est incroyable. Cela me permet aussi de lâcher le piano, de me libérer de la partition pour être avec l’orchestre et penser à l’interprétation.
Vous sortez de votre cadre habituel.
Oui, je sors de ma zone de confort. Je compose mes chansons au piano. Cet instrument m’a aussi toujours protégée. Le piano, c’est ma carapace. Au début, pour le premier album qui était plus jazz, je n’étais pas encore au piano et je ne l’ai pas bien vécu. Je me sentais dépossédée de mes morceaux. J’étais entourée de musiciens de haut niveau qui avaient l’habitude d’improviser et je sentais que je n’étais plus en contrôle. Ensuite, je me suis accrochée au piano. Maintenant que j’auto-produis mes albums, je suis au contrôle des manettes et je sens que je peux lâcher prise.
Que représente le travail de composition pour le cinéma ?
J’adore. La création, c’est un flux continu. Je trouve mon équilibre en faisant des allers et retours. Plus j’essaie des choses différentes, plus je trouve du plaisir à revenir vers mes projets. Parfois, cela devient suffocant d’être uniquement sur ses albums. Quand je me mets au service de quelqu’un d’autre, il y a des discussions et j’écris des musiques que je n’aurais jamais écrites. Tous ces projets m’emmènent ailleurs et me permettent d’avoir des vacances de moi-même.
Infos pratiques
- Jeudi 20 novembre à 19h30 au 106 à Rouen. Tarifs : de 26,50 à 12,50 €. Réservation au 02 32 10 88 60 ou en ligne
- Samedi 22 novembre à 20 heures au théâtre à Hérouville-Saint-Clair. Tarifs : de 29 à 22 €. Réservation au 02 31 47 96 13 ou en ligne
Des places sont à gagner pour l’un ou l’autre de ces concerts… Tentez votre chance !
