Après le délicieux Sous Les Figues, découvrez le nouveau film d’Erige Sehiri. À Cannes, l’émouvant Promis Le Ciel, au cinéma mercredi 28 janvier, a fait l’ouverture de la section Un Certain Regard, avant d’être primé trois fois au Festival du film francophone à Angoulême.
C’est un très beau film que nous propose Erige Sehiri, trois ans après Sous Les Figues. Et encore une fois, c’est le destin de femmes qu’elle met en scène dans Promis Le Ciel. Marie, la plus mûre, Jolie, la plus ambitieuse, Naney, la plus pragmatique, sans oublier Kenza, 4 ans, la plus innocente. À travers ce quatuor, la réalisatrice évoque la condition féminine, bien sûr, mais aussi celle des émigrés sans papiers, contraints à la débrouille, celle des émigrés légaux — étudiants ou journalistes — malgré tout sur le qui-vive. Elle évoque enfin leurs attentes, la solidarité qui les renforce ou encore la religion qui les réunit. Autant de thèmes traités en Tunisie où la chasse aux migrants subsahariens s’est intensifiée ces dernières années. Des scènes d’arrestations brutales orchestrées par la police nous renvoient aux images de l’ICE en action en ce moment aux États-Unis qui foisonnent sur le net.
Mais Erige Sehiri privilégie la douceur grâce à cette petite famille originale avec, à sa tête, Marie (Aïssa Maïga), la quarantaine, journaliste ivoirienne qui s’est installée à Tunis où elle est devenue pasteure d’une communauté noire évangélique. Dans la vétuste mais vaste maison qu’elle loue — et qui devient église chaque semaine pour rassembler les fidèles — elle a recueilli Naney (Debora Lobe Naney), la trentaine, une compatriote qui a tout quitté dans l’espoir de gagner sa vie et faire venir sa fille auprès d’elle, et Jolie (Laetitia Ky), la vingtaine, une étudiante qui lui a été confiée par son père resté en Côte d’Ivoire. On les découvre toutes les trois au moment où elles interrogent avec ménagement Kenza (Estelle Kenza Dogbo), 4 ans, rescapée d’un naufrage mais qui ne connaît pas son nom, ni celui de son père. Que vont-elles faire d’elle ? Il faudra patienter jusqu’à la fin du film pour avoir la réponse. En attendant, dans un contexte social compliqué, elles se relaient pour veiller sur la petite orpheline.
Des personnages attachants
On s’attache vite à ce quatuor féminin et à leur communauté. Marie nous impressionne par sa sagesse et sa solidité apparentes. Naney nous amuse avec son énergie inépuisable à chercher et à gagner de l’argent. Jolie, qui rêve de devenir ingénieur, nous touche en apportant une fragile note d’espoir. Quant à Kenza, elle symbolise toutes les questions que l’on peut se poser sur l’avenir des peuples dans le monde.
Promis Le Ciel est porté par trois magnifiques comédiennes parfaitement choisies pour incarner leur personnage. Aïssa Maïga impose sa force tranquille à Marie, la jeune artiste Laetitia Ky apporte sa concentration et son impertinence à l’étudiante Jolie. Quant à la novice Deborat Christelle Naney dont c’est le premier rôle à l’écran, elle offre sa vitalité teintée d’humour à cette Naney aussi attachante que bouleversante.
- Promis Le Ciel de Erige Sehiri (France, Tunisie, Qatar, 1h32) avec Aïssa Maïga, Deborat Christelle Naney, Laetitia Ky…
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