Luce Mouchel : « la qualité de l’existence sur scène est formidable »

Photo : Lucas Clément

Luce Mouchel remonte le fil de sa vie. Dans Faire semblant d’être moi, un seule en scène qu’elle joue mardi 3 février à la scène nationale de Dieppe, la comédienne prend comme point de départ l’année de ces 5 ans pour s’arrêter à l’âge de 18 ans. Une période durant laquelle a grandi cet amour pour le théâtre avant de devenir une véritable vocation. Cette enfance et cette adolescence ont été bien évidemment traversées par des doutes et des espoirs, des rencontres et des départs, des histoires familiales et des évolutions de son corps. En parcourant les méandres de sa mémoire, la comédienne de théâtre et de cinéma, qui incarne Marianne Delcourt dans la série télévisée Demain nous appartient, raconte les premiers chapitres de l’histoire d’une petite fille, née à Dieppe, rêvant d’être actrice. Entretien avec Luce Mouchel.

Est-ce que la représentation à la scène nationale de Dieppe est une date singulière pour vous ?

C’est un événement unique dans ma vie. C’est encore bien plus important pour moi que de jouer à l’Odéon à Paris. C’est un retour à une origine. J’ai déjà joué à Dieppe. C’était en 1984 ou 1985 avec le théâtre des Deux-Rives (basé à Rouen, ndlr). Nous avions présenté Les Femmes savantes (de Molière, ndlr). Avec Faire semblant d’être moi, je viens jouer une pièce qui me raconte. Ce sont mes années dieppoises. Après, je suis allée à Rouen pour mes études. Dans ce spectacle, on va retrouver l’ambiance de Dieppe, des noms de rue, l’école de musique…

D’où est venue cette envie d’écrire sur votre parcours ?

Il n’y avait pas forcément une envie de me raconter. L’écriture est née d’un événement familial : la perte de mémoire de ma mère. Sa mémoire s’en allant a généré une angoisse du vide. Elle ne pouvait plus me raconter. J’ai eu une espèce de nécessité absolue de reconvoquer tous les souvenirs de mon plus jeune âge, de mon enfance, de mon adolescence avec la naissance d’une vocation. Je raconte dans une langue d’enfant qui est venue presque instinctivement.

Pourquoi cette histoire commence-t-elle l’année de vos 5 ans ?

La volonté de faire du théâtre est arrivée très tôt. Je me souviens avoir été demandeuse de jouer des sketches à l’école. À la fin de l’année scolaire, nous jouions des saynètes. Là, je me sentais moi-même quand je faisais semblant d’être moi. D’où le titre de ce spectacle.

Vous raconter vous a amené à l’écriture.

L’âge avançant, j’ai eu moins peur de l’écriture. La littérature est très impressionnable et je me disais que je ne pouvais pas avoir accès à cela. D’autant qu’adolescente, je ne lisais pas beaucoup. J’ai lu beaucoup plus tard. J’ai aussi côtoyé les milieux d’écrivains et je me disais que ce n’était pas pour moi. J’ai pensé aussi à un roman mais cela me faisait trop peur. En passant par la langue orale, ce que je connais, j’ai pu écrire.

Et vous y avez pris beaucoup de plaisir.

Oui, beaucoup mais avec des moments de doute et d’angoisse. Surtout lorsque l’on parle de soi. Quand j’écris, j’ai besoin de connaître le sujet. Je n’ai pas d’imaginaire dans l’écriture, seulement dans le jeu. Pour moi, l’autofiction est formidable. Quand on écrit sur soi, on fait un tri des événements et cela construit une histoire. Qu’est-ce qui reste ? Qu’est-ce qui ressort ? Tous ces moments choisis font vérité et sont révélateurs parce qu’ils s’imposent. Puis un souvenir en appelle un autre qui en appelle un autre. Tout est davantage une question d’association d’événements. C’est très jouissif.

Savez-vous pourquoi vous avez été attirée par le théâtre ?

Petite, je n’allais jamais au théâtre. La seule expérience, c’était moi sur une petite scène en train de faire la Guignol. Je n’avais pas d’autres modèles. Adolescente, je me souviens avoir vu à la salle Thiers à Dieppe un ou deux spectacles du Théâtre des Deux-Rives. Il y a eu Illusions comiques (de Pierre Corneille, ndlr). J’ai été subjuguée par ce que représentait un acteur sur scène. Pour moi, c’était le comble de l’existence. et c’était là que je voulais être. La qualité de l’existence sur scène est extraordinaire. Je me souviens aussi avoir fait du théâtre à Dieppe en terminale avec Madame Herbelin et nous avions fait une petite tournée.

Est-ce que votre pratique du théâtre correspond aux images que vous aviez en tête lorsque vous étiez enfant et adolescente ?

Oui, elle répond à toutes mes attentes. Dès que j’ai commencé, j’avais l’impression que je rentrais dans quelque chose que je connaissais. J’ai suivi les cours au théâtre des Deux-Rives. C’est là que j’ai tout appris. Il y avait des cours intelligents sur le texte, sur le corps… J’étais dans mon élément. Après, je suis allée au conservatoire national à Paris. Là, j’entrais dans la famille du théâtre et j’ai appris des textes, des auteurs… Cela m’a donné une légitimité.

Pourquoi Faire semblant d’être moi s’arrête l’année de vos 18 ans ?

À 18 ans, je pars à la découverte du métier. Un événement familial déterminant va me pousser à foncer dans le théâtre. Il y avait que le théâtre qui me permettait de m’en sortir. À côté du théâtre, il y avait aussi le piano. J’ai longtemps hésité entre les deux. Mais la musique charriait beaucoup de douleur. Faire semblant d’être moi est une première partie. Cela se déroule dans une famille, haute en couleurs, qui a vécu des moments de drame et de folie. Je veux faire un triptyque. La deuxième partie est quasiment écrite et aborde des thèmes sociaux. La troisième sera sur la vieillesse. 

Autre première pour vous : vous êtes seule sur scène.

Oui c’est la première fois et c’est un peu vertigineux. C’est une expérience. Mais je parle tellement et j’incarne tellement de personnages que j’ai l’impression d’être très entourée. Cela reste néanmoins une épreuve.

Infos pratiques

  • Mardi 3 février à 20 heures à la scène nationale de Dieppe
  • Durée : 1h15
  • À partir de 12 ans
  • Tarifs : de 25 à 12 €
  • Réservation au 02 35 82 04 43 ou en ligne
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