Le débat a été de temps à autre quelque peu animé. La culture, avec ses enjeux, a été le sujet proposé par l’Union syndicale des employeurs du secteur du spectacle vivant public et de la fédération régionale des arts de la rue aux neuf têtes de listes candidates à l’élection municipale à Caen. Six d’entre elles étaient présentes jeudi 5 mars au théâtre des Cordes.
Ils étaient six : Thomas Chevalier, Caen dynamique !, Philippe Nicolle, remplacé par Aristide Olivier, Caen passionnément, Xavier Le Coutour, Citoyens à Caen, Rudy L’Orphelin, Caen nous rassemble, Aurélien Guidi, Faire mieux à Caen, et Antoine Casini, Le Caen de l’engagement. Ce sont six têtes des listes candidates à l’élection municipale à Caen qui se déroulera les 15 et 22 mars. Chantal Henry, Rassemblement national, Bérangère Lareynie, Caen ouvrière et révolutionnaire, et Pierre Casevitz, Lutte ouvrière, n’ont pas répondu ou décliné l’invitation de l’Union syndicale des employeurs du secteur du spectacle vivant public et de la fédération régionale des arts de la rue à venir débattre jeudi 5 mars au théâtre des Cordes sur la culture à Caen pendant les six prochaines années.
En introduction, chacun a porté un regard sur l’activité aujourd’hui et tous ont été unanimes pour reconnaître la diversité et la richesse dans la ville et le rôle émancipateur de la culture. Thomas Chevalier y voit « des Orelsan un peu partout. » Patrick Nicolle qui a défendu son bilan, notamment en matière d’éducation artistique et culturelle, se réjouit de « trouver son miel à Caen. » Xavier Le Coutour souligne « l’offre remarquable » mais relève « un manque dans l’éducation populaire. Il faut accompagner tout ce qui permet d’émanciper et montrer le lien entre éducation et culture. » Rudy L’Orphelin qui veut « être près des acteurs culturels » se félicite d’un « rayonnement qui dépasse les frontières de la ville ». Il s’inquiète de « forces en danger. Le monde de la culture est traversé par un nombre de désengagements et d’attaques politiques » et rappelle « la disparition de l’orchestre régional de Normandie et de la formation des comédiens » à la Cité Théâtre.
Quant à Aurélien Guidi, il a évoqué « un héritage » et partagé une inquiétude après des « baisses de dotations budgétaires, une remise en cause du statut de l’intermittence » et déplore « le manque d’accessibilité à la culture. » Antoine Casini voit « une offre riche mais conservatrice. Il faut soutenir les cultures émergentes. » Dans une période de « crise économique, sociale et morale profonde » et « d’appauvrissement culturel », la réponse passe « en bon républicain, par l’école, la ville et les associations. »
Le soutien aux acteurs culturels
Premier sujet abordé : l’accompagnement des acteurs culturels. Pour Thomas Chevalier, « priorité aux locaux pour défendre une identité parce que nous avons tendance à perdre notre culture locale. » Patrick Nicolle insiste sur « le dialogue permanent » et refuse « toute grand-messe ». Ce n’est pas l’avis de Xavier Le Coutour : « nous avons besoin de nous rencontrer régulièrement pour échanger sur les objectifs, les difficultés et les atouts. Il faut le faire à l’échelle des quartiers avec les acteurs locaux. L’organisation de biennales permettrait de mieux nous comprendre et de comprendre les difficultés des uns et des autres. »
Rudy L’Orphelin a rappelé la nécessité d’un « soutien aux artistes et aux compagnies, à la création et à la diffusion ». Il préfère « une réflexion à l’échelle de la communauté urbaine » et prône « une mutualisation des moyens et des matériels » pour permettre « à l’ensemble de se produire partout. C’est un enjeu qui peut offrir de nouvelles perspectives. Parfois une logique de saupoudrage va vers la paupérisation. » Aurélien Guidi parle de « fonds d’urgence pour sécuriser la situation financière, garantir une aide et préserver la vitalité de Caen. Dans ce domaine, on peut faire mieux. »
Antoine Casini a émis l’idée d’un « financement pluriannuel avec des droits et des devoirs pour stabiliser la situation matérielle. » Une idée reprise par la plupart des candidats. Aurélien Guidi, Rudy L’Orphelin et Antoine Casini se préoccupent de l’augmentation des appels à projets, trop chronophage pour les compagnies. Leur solution : un mix avec des subventions et des appels à projets. Pour Aristide Olivier venu remplacer Patrick Nicolle, pas de hausse du budget de la culture — 15 millions — mais « une consolidation. »
Le Millénaire, et après ?
L’après Millénaire a été aussi un sujet de débat. Le maire de Caen a annoncé sa volonté de « poursuivre certains rendez-vous, comme un week-end maritime, une grande parade. Il faut éviter le vide de l’année d’après. » Une annonce qui satisfait la majorité des candidats. « La Parade Opératique a permis de tisser des liens entre les différents quartiers et les générations », se souvient Aurélien Guidi. Tous ont également porté le projet du musée de la fondation Gandur qui ouvrira en 2030. L’image du futur bâtiment, construit non loin de la colline aux oiseaux, sera dévoilée avant l’été 2026.
Avant de conclure, les candidats ont voulu défendre la position de Caen par rapport à Rouen. La bataille est permanente. Néanmoins, Thomas Chevalier veut défendre, lui, autant « la culture, l’art et la gastronomie locale ». Aristide Olivier considère que « la culture est un atout incontestable. Il faut garder ces vibrations positives pour la ville en soutenant les acteurs culturels, en poursuivant les accompagnements et en les intensifiant si possible dans l’ensemble des quartiers la ville. Il faut consolider cet atout parce que la culture nous fait rayonner. »
Xavier Le Coutour prévoit de « réunir tout le monde pour se mettre d’accord sur les objectifs. La culture qui est un facteur d’émancipation de la jeunesse impose une approche collective. » Rudy L’Orphelin promet que « la culture sera une priorité absolue pour apporter les conditions d’inventer des imaginaires pour penser le monde qui vient et faire face aux grandes transformations qui nous attendent. » Aurélien Guidi voit la culture comme un rempart face « aux périls qui nous menacent. Résister, c’est créer et créer, c’est résister. » Enfin, Antoine Casini s’est fixé comme objectif de « retisser des liens entre les uns et les autres. Nous avons une vocation à nous rassembler et à chercher ce qui est commun. »
