Témoignages de combattantes

Photo : Christophe Raynaud de Lage

La Guerre n’a pas un visage de femme. Dans cette pièce de théâtre, une libre adaptation du livre de Svetlana Alexievitch, Julie Deliquet donne à entendre des paroles de combattantes pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est à voir les 11 et 12 mars au théâtre à Hérouville-Saint-Clair avec la Comédie de Caen – CDN de Normandie.

Dix femmes se retrouvent dans la cuisine d’un appartement communautaire. Entre la série de casseroles et le linge étendu, elles prennent la parole. Jusqu’alors, ces anciennes combattantes soviétiques, enfermées dans une société patriarcale, se sont tues. Elles n’ont jamais dit ce qu’elles ont vu, fait et subi sur le front pendant la Seconde Guerre mondiale. Pas plus à leur mari, leurs parents qu’à leurs enfants. Pourtant, ce sont des héroïnes.

Julie Deliquet, tout récemment nommée à la direction du théâtre national de La Colline à Paris, s’est emparée des mots de ces femmes récoltés par Svetlana Alexievitch. La lauréate du prix Nobel de littérature en 2015 était aussi dans une cuisine, assise à une table, pour les enregistrer sur son magnétophone. Dans cet espace collectif, assigné aux femmes, « elles mettent fin à quarante années de mutisme, rappelle la metteuse en scène. C’est un acte interdit. Là, elles écrivent une page de l’histoire. Je suis admirative de l’acte de littérature. C’est un acte d’écoute. Svetlana aide ces femmes à accoucher de leur propre histoire. Elles vont conscientiser qu’elles font un acte sauvage. »

Une partition recomposée à chaque représentation

Ces récits figurent dans La Guerre n’a pas un visage de femme, un ouvrage censuré. Julie Deliquet l’a découvert par hasard lors d’une recherche sur la place des femmes à Berlin à l’arrivée de l’armée soviétique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. « Dans un premier temps, j’étais dans une lecture solitaire mesurant la dimension de l’horreur. En racontant, ces femmes revivent une jeunesse et cette horreur. Il y a eu ensuite une étude de l’œuvre avec des historiens afin de ne pas se laisser avoir par son romantisme. Il fallait se débarrasser aussi d’un certain endoctrinement. Elles sont défenseuses d’un discours officiel et arrivent à se contredire. »

Pour écrire La Guerre n’a pas un visage de femme, joué les 11 et 12 mars au théâtre à Hérouville-Saint-Clair, Julie Deliquet a composé une partition jouée par dix comédiennes, Julie André, Astrid Bayiha, Évelyne Didi, Marina Keltchewsky, Odja Llorca, Marie Payen, Amandine Pudlo, Agnès Ramy, Blanche Ripoche et Hélène Viviès. Chacune donne sa voix et son corps à ces combattantes de l’ombre. 

« Toutes ont reçu le récit d’une femme avec un nom et une identité. Elles ont eu une biographie et des fragments d’anonymes qui étaient plus irrévérencieuses. Cela a pris vie quand elles sont entrées en dialogue et ont inventé une interview collective. Une parole naît et une pensée se développe. » À chaque représentation, les actrices composent à leur tour une nouvelle partition avec les 400 fragments différents. La Guerre n’a pas un visage de femme n’est pas une reconstitution historique. Cette pièce entre en résonance avec la période actuelle qui invisibilise le courage des femmes et leurs actions.

Infos pratiques

  • Mercredi 11 et jeudi 12 mars à 20 heures au théâtre à Hérouville-Saint-Clair
  • Durée : 2 heures
  • Représentation en audiodescription jeudi 12 mars
  • Tarifs : de 25 à 8 €
  • Réservation au 02 31 46 27 29 ou en ligne
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