L’exil et ses sacrifices

Lan Hongchun n’en finit pas de nous étonner avec ses « Lettres d’amour à ma grand-mère » / Photo : Trinity CineAsia

Avec Lettres d’amour à ma grand-mère, au cinéma mercredi 2 septembre, le réalisateur chinois Lan Hongchun signe un drame bouleversant autour d’un jeune homme, contraint d’émigrer, qui envoie toutes ses économies à sa femme et à leurs trois enfants plutôt que d’acheter un billet de retour. 

Lan Hongchun nous propose un joli film bouleversant, à la fois instructif et poétique. Lettres d’amour à ma grand-mère se déroule sur plusieurs décennies et raconte comment deux jeunes Chinois, Ye Sogriu et Den Bahgseng, sont tombés amoureux, se sont mariés et ont fondé une famille. En plein bonheur, la guerre va les séparer. Le film commence avec Hiou-ui, un de leur petit-fils en manque d’argent. Persuadé que son grand-père est devenu riche, il décide de partir à sa recherche en s’aidant des lettres que sa grand-mère a précieusement conservées. Le spectateur va alors de découverte en découverte, et remonte le temps…

Nous sommes dans les années 1950, lorsque, pour éviter d’être enrôlé de force, Den Bahgseng fuit vers la Malaisie d’où il envoie ses premières lettres d’amour accompagnées du peu d’argent qu’il parvient à économiser. Finalement, il s’installera en Thaïlande où les échanges épistolaires se poursuivent. Renonçant à s’acheter un billet de retour, le jeune homme sait que ses mandats vont permettre à la jeune mère d’élever leurs trois enfants.

Un fait historique

Lan Hongchun revient ainsi sur un fait historique et le caractère unique des correspondances entre les émigrés chinois vivant en Asie, en Amérique du Nord ou en Océanie et leur famille résidant en Chine. Cette collection de documents, appelée Qiaopi, regroupe quelque 160 000 lettres, rapports, livres de compte et bordereaux de paiement. Les archives des Qiaopi ont même été inscrites au registre international de la Mémoire du monde de l’Unesco.  

Ayant pris connaissance de nombreux récits, le réalisateur a pu enrichir l’histoire Den Bahgseng. Il y voit l’opportunité de rappeler combien les Chinois émigrés s’entraidaient en s’accueillant entre eux — même lorsque la place venait à manquer —, en enseignant la langue du pays d’accueil, en transmettant le chinois à leurs enfants, en rédigeant les lettres de ceux qui ne savaient pas écrire…

De l’émotion

Lan Hongchun filme un Den Bahgseng courageux, débrouillard, volontaire, au caractère bien trempé. Conducteur de pousse-pousse, il accepte toutes les courses, même les plus pénibles ou les plus éloignées de son point d’ancrage, une auberge surpeuplée que Zia Lamgi entretient d’une façon stricte et autoritaire. Il en faudra du temps pour que ces deux-là parviennent à s’entendre.

Le spectateur apprend alors qu’un incident a provoqué un drame supplémentaire : un jour d’orage, le facteur tombe à l’eau avec tout son courrier.  De la lettre adressée à Ye Sogriu, il n’a pu récupérer qu’une photo. Celle-ci découvre alors Den Bahgseng avec une jeune femme, entourés d’enfants. Elle imagine que son mari a fondé une nouvelle famille en Thaïlande et ne voudra plus jamais parler de lui alors que les mandats continuent à lui parvenir…

Pendant deux heures, et malgré la maladresse de quelques comédiens pour la plupart non professionnels, Lan Hongchun n’en finit pas de nous étonner avec ce duo attendrissant complété par une Zia Lamgi à laquelle on s’attache sans résistance. Alors, préparez vos mouchoirs pour le final car au-delà des surprises du scénario, de la poésie des images, des dialogues et des chansons, l’émotion est au rendez-vous quand on s’y attend le moins. 

  • Lettres d’amour à ma grand-mère de Lan Hongchun (Chine, 1h 58) avec Sitong Li, Yantong Wang, Shaoqing Wu…
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