Pour son premier long-métrage, Rémi Bassaler filme une femme médecin sur le point de fermer son cabinet médical dans une cité de Nancy. C’est sans compter sur l’arrivée impromptue de La Dernière Patiente, au cinéma mercredi 2 septembre.
Pour son premier long-métrage, Rémi Bassaler fait une totale confiance aux spectateurs pour comprendre une situation dont il ne formule aucune explication précise. Nous nous retrouvons d’emblée dans l’appartement de Judith (Anouk Grinberg) préparant un déménagement qui semble lui être imposé. Au son étouffé d’un interphone, on la voit quitter la pièce, passer par un couloir puis entrer dans ce qui semble être un cabinet médical. À l’extérieur, c’est Aïda (Luàna Bajrami), enceinte de huit mois, qui demande à voir un médecin. Son cabinet étant fermé définitivement, Judith la renvoie vers les urgences…
Rémi Bassaler se montre original en filmant sa Dernière Patiente parmi les grands ensembles du quartier du Haut-du-Lièvre, dans la banlieue de Nancy. Là, personne ne roule sur l’or, pas même les médecins débordés à force de venir en aide à des malades plus démunis les uns que les autres. À un mois d’accoucher, Aïda est en rupture de soin : pas de gynécologue référent, pas de sage-femme pour la rassurer. Soignante dans l’âme, Judith finit par accepter de lui venir en aide, d’autant que la jeune femme ne peut pas compter sur Maël, son compagnon (Félix Lefebvre), obsédé par l’ouverture prochaine de son restaurant. Nerveux et impatient, Maël agresse violemment Aïda qui n’a pas donné de nouvelles quand il en réclamait.
Un découragement
Les hommes n’ont pas vraiment le beau rôle dans La Dernière Patiente. Mais au-delà de l’idée d’un potentiel féminicide, ce duo soignante/patiente de choc donne un bon prétexte pour filmer un système de santé à bout de souffle : attente interminable aux urgences, pénurie de lit pour les malades… Judith accueille Aïda chez elle pour la nuit. La nuit de tous les bouleversements.
Anouk Grinberg joue la carte du découragement dès les premières images. Avec elle, Judith devient une femme épuisée, blasée pour ne pas dire déprimée. Rémi Bassaler lui donne un fils — médecin lui aussi — avec laquelle les relations ne sont pas au beau fixe. Il lui reproche, à demi-mot, d’avoir trop souvent mis son métier avant tout le reste et sème le doute sur les raisons de la fermeture du cabinet. À la retraite, Judith n’aurait plus le droit d’exercer… Pourquoi ? On ne le saura pas. On ne saura pas grand-chose non plus sur Aïda, sauf qu’en accouchant, elle va redonner le sourire à Judith, un bref instant.
Pas question d’évoquer un dernier drame, il faut bien ménager le spectateur. Mais là encore, le réalisateur évite de trop en dire, et d’en faire trop. Au spectateur d’imaginer la chute, que cela lui plaise ou non.
- La Dernière Patiente de Rémi Bassaler (France/1h20) avec Anouk Grinberg, Luàna Bajrami, Félix Lefebvre…
