Et si les puissants avaient peur des clowns…

Aujourd’hui chroniqueur sur Radio Nova, l’humoriste havrais Akim Omiri témoigne  / Photo : VraiVrai Films

Pendant dix-huit mois, Matéo Larroque, Clara Menais et Mila Branco mènent l’enquête pour savoir si l’humour politique est au garde-à-vous. Journalistes pour l’émission Off Investigation, ils signent Fini de rire !, au cinéma mercredi 23 septembre, et c’est édifiant.

En France, rire des puissants n’est pas une nouveauté. Déjà sous Louis XIV, La Fontaine dénonçait la loi du plus fort à travers ses fables et Molière malmenait la noblesse dans ses pièces. Aujourd’hui, on continue de croquer les hommes de pouvoir. Mais force est de constater que, pendant ces trente dernières années, les humoristes les plus libres de la télévision et de la radio ont été pour la plupart marginalisés, censurés, voire écartés purement et simplement. Les journalistes missionnés par Off Investigation, Matéo Larroque, Clara Menais et Mila Branco s’en étonnent et, dans leur documentaire Fini de rire ! L’humour politique au garde-à-vous ?, cherchent à comprendre comment on en est arrivé à tolérer la satire à condition qu’elle ne morde  pas, aussi bien dans les médias privés comme Canal +, que dans l’audiovisuel public, comme France Inter

Le spectateur remonte le temps. Ainsi, on revoit Les Nuls dans leurs œuvres, avant de revenir à la naissance des Guignols de l’info, célèbre émission satirique lancée en 1988 sur Canal +.  On y parodiait le journal télé de 20 heures, animé par la marionnette de Patrick Poivre d’Arvor recevant toutes les célébrités du moment — hommes politiques, comédiens, chanteurs, journalistes — chacun ayant sa marionnette caricaturale. Les réalisateurs vont à la rencontre des « disparus », les irrésistibles auteurs des Guignols comme Bruno Gaccio, Lionel Dutemple, ou les incontournables imitateurs comme Sandrine Alexi, Daniel Herzog… 

Mais il n’y a pas qu’à Canal + qui licencie avec l’arrivée de Vincent Bolloré. À France Inter aussi, depuis Nicolas Sarkozy jusqu’au règne d’Emmanuel Macron, on constate la même mécanique imposant un silence inquiétant pour la liberté d’expression. Le licenciement de Guillaume Meurisse a récemment fait grincer des dents. Et que ce soit pour l’un ou l’autre des médias, les journalistes, Laurent Mauduit, Jean-Pierre Canet, Marc Endeweld, Daniel Schneidermann…  témoignent tout comme les humoristes Thomas VDB, Edgar-Yves, Audrey Vernon, Djamil Le Shlag, ou le Havrais Akim Omiri. 

Est-il encore possible de rire de tout ? La question redevient brûlante en cette période de campagne présidentielle.

Partager l'article