Pour remplir toutes ses missions d’une salle conventionnée d’intérêt national : art, enfance, jeunesse, le Théâtre du Champ exquis à Blainville-sur-Orne devait être doté d’un lieu plus spacieux et plus fonctionnel. Le projet d’un nouveau bâtiment ne verra pas le jour ; faute de moyens.
Depuis plusieurs mois, l’équipe du Théâtre du Champ exquis se réjouissait de voir s’élever une toute nouvelle salle de spectacles à Blainville-sur-Orne. Une décision prise en 2019. Installée dans l’espace culturel Paul-Éluard, la compagnie, reconnue pour son travail à l’adresse des plus jeunes avec le label Scène conventionnée d’intérêt national : art, enfance, jeunesse, est un peu à l’étroit et n’offre pas les conditions optimales pour accueillir le public et les compagnies. Une autre décision a été prise : le nouveau bâtiment ne sera pas construit.
Un retour dans le temps… Le Théâtre du Champ exquis s’implante en 1996 à Blainville-sur-Orne où il transforme la MJC en un lieu de spectacles pour la petite enfance. D’une saison à l’autre, la compagnie développe son activité, partage la scène avec d’autres artistes, multiplie les co-productions et les compagnonnages, crée Ribambelle, un festival pluridisciplinaire durant le mois de février. Aujourd’hui, le lieu, partagé avec d’autres structures, « n’est plus en adéquation avec le nouveau projet, rappelle Laure Rungette, directrice du Théâtre du Champ exquis. Et les équipements commencent à s’abîmer. Il est nécessaire de mener des travaux d’étanchéité, de sécurité. Il nous manque aussi des loges. »
Trois projets
Quelle est la meilleure solution pour répondre aux attentes : réhabiliter et agrandir le lieu existant ou construire un nouveau bâtiment ? La seconde selon les études. « La communauté urbaine Caen La Mer se saisit du dossier et met en place un jury. Or la crise sanitaire fait exploser les prix des matériaux. D’un bâtiment à 5,5 millions d’euros, on passe à 6,5 millions d’euros. Cela ne rentrait plus dans les budgets. » Est alors étudié un nouveau projet avec une salle non pas de 250 places mais de 150 à 180 places. Autre problème soulevé : le coût de fonctionnement du futur lieu. « Nous le pointons depuis le début des discussions. Il y a certes l’aspect bâtimentaire avec tout son équipement mais aussi un budget au quotidien plus important pour développer le travail artistique et culturel. Un tel lieu nécessite le recrutement d’une direction technique. Cela s’élève à 200 000 € par an. Et ce, sans faire de folie pure », explique Laure Rungette. C’est cette enveloppe supplémentaire qui coince pour les partenaires du Théâtre du Champs exquis (Ville de Blainville-sur-Orne, Communauté urbaine Caen La Mer, Région Normandie, Département du Calvados, État).
Il y a de la déception au sein de l’équipe du Théâtre du Champs exquis qui accueille chaque saison entre 7 000 et 8 000 spectateurs et spectatrices. « Nous sommes nombreux à avoir contribué à ce travail de réflexion sur la construction d’une nouvelle salle, notamment avec Bruno Régnier, directeur technique de l’Odia, remarque la directrice. Au bout de la troisième édition du projet, nous revenons à la première écrite il y a dix ans. La Communauté urbaine a réaffirmé son engagement auprès de la compagnie et la ville souhaite que le théâtre reste à Blainville. Nous sommes en train de rédiger une note pour que le bâtiment actuel puisse être aménagé et agrandi. Cette fois, nous ne partons pas de zéro. » De la déception certes mais une même volonté pour défendre un projet. « Nous allons préserver ce que l’on fait. L’équipe est précieuse et reste dans une dynamique et un engagement. »
