Kaldûn Requiem ou le pays invisible est une grande fresque théâtrale et musicale. Abdelwaheb Sefsaf, directeur du théâtre de Sartrouville et des Yvelines, revient dans cette création, jouée mardi 13 octobre au théâtre Legendre à Évreux, avec Le Tangram, sur un épisode méconnu de l’histoire : la déportation de personnes algériennes et françaises en Nouvelle-Calédonie après les révoltes des années 1870.
Abdelwaheb Sefsaf a déroulé un fil. L’intérêt pour un premier épisode historique l’a amené à un deuxième, puis à un troisième. Parce que ces trois chapitres de la fin du XIXe siècle, toujours aussi méconnus, sont liés. Tout commence par une révolte. En France, lors de La Commune de Paris, un soulèvement de la population qui s’est terminé dans le sang. En Algérie, plus précisément en Kabylie, une famine est provoquée par une confiscation des terres pendant la colonisation. Les insurgés vaincus de part et d’autre de la Méditerranée seront envoyés avec des peines lourdes dans des bagnes en Nouvelle-Calédonie où les Kanaks, eux aussi, privés de leur terre, se révoltent.
Avec Kaldûn Requiem ou le pays invisible, présenté mardi 13 octobre au théâtre Legendre à Évreux, le metteur en scène et musicien, directeur du théâtre de Sartrouville et des Yvelines, signe une grande fresque théâtrale et musicale qui traverse trois continents, trois peuples, trois rebellions et parle d’une même forme d’oppression et de répression. « Les révoltes fédèrent et nous sommes à un début d’internationale. »
Six mois de traversée
Pour l’écrire, il lit, rencontre des historiens et des descendants de ces vaincus. Abdelwaheb Sefsaf retient trois personnages et les fait se rencontrer. Louise Michel, institutrice et écrivaine, engagée et militante de la Commune de Paris. Elle part de Brest pour être envoyée au bagne en Nouvelle-Calédonie entre 1873 et 1880. « Peu de femmes ont été déportées. Elle est peu reconnue par rapport à l’immensité du personnage. Pourtant elle est extraordinaire. Elle est solidaire de toutes les révoltes. On ne peut que tomber amoureux de Louise Michel », confie Abdelwaheb Sefsaf. Cheikh El Mokrani, un des leaders de la révolte en Kabylie, est également exilé. Il mourra à Paris d’une maladie et les autorités françaises feront disparaître son corps. Il y a aussi Ataï, le chef kanak, à qui on tranchera la tête.
Pour chacun des personnages, le chant tient une grande place. Comme pendant la Commune de Paris et sa chanson révolutionnaire, Le Temps des cerises. « En Kabylie, ce sont les femmes qui chantent. Là, je veux penser que ces personnes condamnées chantaient ensemble sur les bateaux pendant les traversées qui duraient six mois. » Les chants, les langues et les rythmes s’entremêlent. Ce récit puissant, Abdelwaheb Sefsaf l’a imaginé comme un requiem. « C’était important pour moi parce que cette histoire est celle de personnes mortes sans sépulture. Les bagnards de Nouvelle-Calédonie sont enterrés dans des fosses communes sans rituel et leur nom a disparu. » C’est un chant qui fait « battre les cœurs à l’unisson » — parce que tous sont unis dans un même combat — et qui pourrait être celui de la réconciliation.
Infos pratiques
- Mardi 13 octobre à 20 heures au théâtre Legendre à Évreux
- Durée : 1h20
- Tarifs : 20 €, 10 €
- Réservation 02 32 29 63 32 au ou en ligne
