Lors du Rock dans tous ses états, les 26 et 27 juin, l’équipe de l’Abordage a tenu à tirer une nouvelle fois la sonnette d’alarme. La salle comme le festival traversent une véritable tempête. A priori pas d’éclaircie à l’horizon puisque le conseil municipal du lundi 29 juin ne devrait pas voter une enveloppe suffisamment importante pour permettre à l’association de vivre jusqu’à fin 2015.

 

photo Benoît Darcy

photo Benoît Darcy

Il faisait beau ce week-end au Rock dans tous ses états à Evreux. Soleil, chaleur, ferveur des groupes, enthousiasme du public venu à un festival qui a dû freiner ses ambitions pour la 32e édition. Faute de moyens et, du coup, de festivaliers. Il faisait beau mais les nuages noirs ne cessent de s’amonceler au dessus de l’Abordage et les grondements se font désormais entendre.

 

Il y a une histoire culturelle, musicale, rock à Evreux qui s’écrit depuis plusieurs années avec l’Abordage et le Rock dans tous ses états. La particularité : s’inscrire dans une alternative pour susciter de la curiosité. Pour imposer cela, il a fallu – et il le faut encore plus aujourd’hui – être exigeant, passionné, revendiquer une forme d’indépendance. Depuis les dernières élections municipales, les vents ont changé de direction. Le secteur culturel est dans la tourmente. La 32e édition du Rock dans tous ses états est « un gros miracle », insiste Hedi Hassouna, directeur artistique de l’Abordage.

 

Il serait affligeant que cette histoire s’écrive désormais au passé. L’équipe de l’Abordage vit en effet dans l’incertitude. Encore davantage depuis quelques jours puisque Guy Lefrand, maire d’Evreux (Les Républicains), a annoncé que le conseil municipal ne votera pas le montant de la subvention permettant à l’association de poursuivre son activité jusqu’à la fin de l’année (20 000 € au lieu de 52 000 €).

 

Comment alors payer les salaires de l’équipe de l’Abordage ? Comment assurer l’action culturelle ? Comment continuer l’accompagnement des groupes locaux et régionaux ? Comment orchestrer l’ouverture de la future salle de musiques actuelles ? Les questions restent sans réponse. Ce qui fragilise l’avenir de l’Abordage et celui du Rock dans tous ses états. Pour Guillaume Boulet, président de l’association, « il se peut que 20 000 € soit tout d’abord alloué à l’association et que le reste soit voté à l’automne ». Sans certitude.

 

Lors du festival du Rock dans tous ses états, Guillaume Boulet, Hedi Hassouna et Fabien Desplan, directeur administratif, ont à nouveau alerté sur le devenir incertain de l’Abordage et du festival lors d’une conférence de presse où les représentants de la ville étaient absents.

 

Avec les lycéens

Les colères s’expriment de plus en plus fort. A commencer par celles des lycéens. Valérie, Camille et Tristan du lycée Modeste-Leroy à Evreux ont constitué un mouvement pour « informer et mobiliser ». Ils seront présents au conseil municipal de ce lundi 29 juin. « Nous avons besoin de culture. Surtout dans notre ville qui vieillit. Le maire a fait campagne avec le slogan : réveiller Evreux. Là, il est en train de l’endormir. Nous avons la chance d’avoir une scène nationale et une scène de musiques actuelles. Il faut les maintenir ».

 

Les élus pointent également « l’opacité » dans laquelle le dossier est géré. « Nous voulons un réel débat démocratique », martèle Timour Veyri, conseiller municipal (PS) à la ville d’Evreux. Pourtant, Jean-Pierre Pavon, adjoint en charge de la culture à la ville d’Evreux, est convaincu qu’une solution sera trouvée. Difficile de comprendre le double discours de la municipalité qui déclare soutenir le festival et réduit les subventions à l’Abordage. Pour Mélanie Mammeri, conseillère régionale de Haute-Normandie (PS), élue de l’Eure, « il faut insister : on ne peut dissocier l’Abordage du festival. Etrangler l’Abordage, c’est tuer le festival. C’est une démarche malhonnête. On sait que le festival s’écrit d’après une réflexion d’au moins un an ». Timour Veyri, n’est pas plus optimiste. « C’est un jeu de rôle, entre le maire et l’adjoint. Ils ont regardé trop de séries américaines. Mais personne n’est dupe. Les élus de la majorité actuelle ont toujours mené une campagne hostile à la vie culturelle, au rock. C’est une entreprise de démolition. Il ne faut pas oublier que le festival est une attractivité, participe à l’identité de la ville. C’est l’avenir d’un territoire qui est en jeu ».

 

Nicolas Mayer-Rossignol, président de la Région Haute-Normandie, présent samedi à Evreux, a réitéré son soutien à l’Abordage et au Rock dans tous ses états, rappelé l’augmentation de 18 000 € de la subvention au festival (88 000 € en tout auxquels s’ajoutent 82 000 € pour le fonctionnement de l’association), son « souhait de plus de culture dans la région ».

 

Tempête, orage ou beau temps pour l’Abordage ? Première prévision ce lundi 29 juin lors du conseil municipal. Jusqu’alors, l’équipe de l’Abordage a porté l’association à bout de bras, a aussi proposé divers scénarios pour la future salle des musiques actuelles dont l’ouverture est prévue en janvier 2016. Pour Jean-Christophe Aplincourt, directeur du 106 à Rouen, « ils sont des héros. Ils ont réussi à tenir devant tant d’adversité ».