Pierre Dumoussaud à l’Opéra de Rouen Normandie : « je travaille comme un peintre »

par | 1 octobre 2018 | Opéra

Pierre Dumoussaud a été vite repéré en tant que chef pour ses qualités d’écoute, sa direction précise, sa faculté à faire ressentir la musique. Formé au conservatoire national supérieur de Paris, il a été chef assistant à l’Opéra de Bordeaux. À 28 ans, il a déjà été plusieurs fois récompensé et évolue dans tous les genres musicaux. À l’Opéra de Rouen Normandie, il dirige jusqu’au 7 octobre l’orchestre dans un magnifique Butterfly de Puccini mis en scène par Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil. Entretien.

Avec une telle scénographie, quel est l’enjeu pour vous ?

L’enjeu, c’est la distance entre les chanteurs et l’orchestre. Dans la première partie du spectacle, ils sont sur scène et, nous, dans la fosse. Dans la deuxième partie, nous sommes sur scène et, eux, dans la boîte, juste au-dessus de nous. Là, l’orchestre ne les entend pas vraiment. De plus, il y a deux acoustiques. La fosse est un espace fermé alors que le plateau est un espace ouvert. C’est assez déstabilisant. Bien plus que ce que je l’avais imaginé. Cependant, l’orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie est une formation souple. Il est constitué de musiciens pleins de bonne volonté qui ont un fort degré d’exigence. Pour tous, c’est un beau défi à relever.

Comment avez-vous appréhendé ces contraintes ?

Quand on s’embarque dans une aventure avec un metteur en scène, il faut accepter d’aller dans son sens. Et j’ai beaucoup de respect pour cela. Mon problème principal : je suis éloigné de l’orchestre dans la deuxième partie à cause du rideau et on travaille en aveugle à la fin du deuxième acte. Je ne vois pas du tout les chanteurs. Mais j’aime bien aussi cette pratique. J’écoute leur respiration. Même quand on ne se voit pas, il y a tout de même de beaux moments de complicité.

Madame Butterfly de Puccini est un opéra très souvent joué. Comment l’avez-vous travaillé ?

C’est une œuvre du grand répertoire. On a tous dans la tête une image de cet opéra. Mais pas les outils pour reproduire les sons. Pour moi, les habitudes et la tradition sont une chimère dans cette production. Il fallait un travail neuf pour l’orchestre et pour moi. Nous avons alors travaillé à partir des matériaux que nous avions. C’est intéressant d’explorer une œuvre d’un grand répertoire comme une œuvre nouvelle.

Est-ce que Puccini fait partie de vos compositeurs préférés ?

J’adore Puccini. Son répertoire qui me bouleverse. Puccini a une manière singulière d’appréhender le temps et de créer des atmosphères. Avec lui, on se retrouve dans des univers forts.

Vous avez été chef assistant auprès de Paul Daniel entre 2014 et 2016 à l’opéra de Bordeaux. Que vous a-t-il appris ?

J’ai fait mes armes à l’opéra de Bordeaux auquel je suis particulièrement attaché. Depuis, je suis invité à y diriger une à deux fois chaque saison. Paul Daniel m’a beaucoup appris. Notamment la manière de travailler avec un chanteur, de créer du lien avec lui. Paul est très anglais. Il ne va jamais contre les gens. Il ne fait jamais de caprices, d’esclandre. Il est fluide, calme et prend les chanteurs par la main pour créer un rapport de confiance.

Êtes-vous aussi musicien ?

Oui, je suis bassoniste. 

À un moment, vous avez dû faire un choix : l’instrument ou la direction ?

Je ne pouvais pas faire les deux de manière correcte. Le choix n’a pas été difficile. Ne pas jouer du basson ne me manque pas. Ce qui me manque, c’est de ne pas jouer avec les autres. Le travail de chef est plus passionnant et me procure plus de bonheur. J’ouvre une partition et j’y pose mes yeux. Je suis toujours très respectueux du texte. J’ai des outils pour cela. Cela reste de l’artisanat, pour moi.

Quels sont ces outils ?

C’est une méthodologie de travail. Il faut replacer les œuvres dans un contexte historique, musical. Je travaille comme un peintre. Je mets une sous-couche, puis une première couche, une deuxième… Je commence par une analyse globale de la partition, puis je rentre davantage dans les détails. Ce qui me plaît avant tout, c’est me mettre au service d’un drame.

À quel âge avez-vous commencé à diriger ?

J’ai commencé à diriger à l’âge de 14 ans. Ma maman chantait dans un chœur amateur et m’emmenait avec elle. Je passais mes dimanches entiers à le regarder. J’ai été vite fasciné par la gestuelle du chef. Pourtant je suis plutôt quelqu’un de terre à terre mais j’ai été fasciné tout de suite. J’ai tout fait pour diriger. J’ai fondé des orchestres dans mon lycée, au conservatoire. La première fois que j’ai dirigé, c’était il y a cinq ans avec l’orchestre de Montpellier lors du festival des Mandolines. Depuis, la progression est linéaire.

Infos pratiques

  • Mardi 2 et vendredi 5 octobre à 20 heures, dimanche 7 octobre à 16 heures au Théâtre des Arts.
  • Tarifs : de 68 à 10 €.
  • Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr

Une offre

  • Une offre réservée aux lecteurs de Relikto : une place offerte pour une achetée dans la limite des places disponibles pour la représentation du 2 octobre lorsque vous réservez à l’Opéra.
  • Pour plus de renseignements : contactez-nous

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