François Chaignaud au centre chorégraphique de Caen

photo : Laurent Poleo-Garnier

Depuis le 1er janvier 2026, le centre chorégraphique national de Caen en Normandie a changé de direction. François Chaignaud succède à Alban Richard. Artiste à l’écriture plurielle, il aborde diverses pratiques de la danse et porte un vif intérêt pour l’histoire. Il sera en duo avec Aymeric Hainaux les 3 et 4 mars au Kubb à Évreux avec Le Tangram dans Mirlitons.

Au fil de ses pièces et de ses collaborations, François Chaignaux a élaboré une esthétique très personnelle, à la fois audacieuse et pétillante. Il poursuit un travail, nourri de collaborations, de recherches et de multiples langages artistiques. Pour le nouveau directeur du centre chorégraphique national de Caen en Normandie, « la danse est un art hospitalier. Elle a de multiples histoires et ne peut être connectée à une seule généalogie. Elle peut ainsi héberger d’autres arts. » Le chorégraphe, qui entremêle la danse classique, urbaine et médiévale, le cabaret, crée aussi avec des plasticiens, des musiciens, le beat-boxer, Aymeric Hainaux, dans Mirlitons, présenté les 3 et 4 mars au Kubb à Évreux.

François Chaignaud est danseur, depuis son enfance, chorégraphe diplômé en 2003 du conservatoire national de musique et de danse de Paris, performeur et aussi chanteur. Dans ses créations, la danse entre en dialogue avec le chant. À la sensualité du geste, il ajoute le pouvoir de la voix, « un médium modeste, dit-il. C’est émouvant d’entendre une voix. Elle a une puissance d’évocation que le mouvement n’a pas. Elle porte un texte que la musique engramme. Le corps peut garder toute sa puissance opaque et abstraite. »

L’histoire enrichit également les réflexions de l’artiste. « Un geste naît d’une série de pratiques qui s’inscrivent dans un écosystème qui a une histoire. Un geste de création s’inscrit dans une histoire. Les gens ont beaucoup dansé au XIIIe siècle. Par exemple, la mazurka a traversé toutes les classes sociales et cela crée du commun. Un geste artistique est la rencontre entre un désir, une urgence, une envie qui rencontrent quelque chose de plus fort, comme une histoire, un cadre social, une société… »

« Sans m’économiser »

Pour François Chaignaud, également artiste asso­cié à Chaillot, théâtre natio­nal de la danse à Paris et à la Mai­son de la Danse à Lyon, être à la direction d’un centre chorégraphique national, c’est avant tout « accéder à des murs. Quand on est artiste, nous avons envie de danser, de circuler mais aussi d’avoir un endroit pour répéter. Créer suppose pratiquer et s’extraire. Jusqu’alors, j’avais envisagé tous les cas de figures. Même acheter une grange. Quand l’opportunité à Caen s’est présentée, j’ai candidaté pour trouver ce moyen de vivre cette aventure artistique. La direction d’un CCN est compatible avec l’endroit où j’en suis dans ma recherche. »

Le centre chorégraphique sera « une maison d’artistes, un lieu de fabrication avec un climat favorable à la création. C’est une mise en partage » avec deux artistes associés, comme Jérôme Martin ou Monsieur K, un complice de longue date. « Son rapport fort au cabaret m’inspire beaucoup. » Maryfé Singy est une artiste suisse, danseuse et chanteuse, avec « une pratique fascinante. » François Chaignaud envisage enfin l’accueil de cinq compagnies chaque saison.

Conscient des financements en baisse pour le secteur culturel, le chorégraphe estime ce poste de direction comme « un privilège. Cela ne m’exclut pas la précarité. Il est important de rappeler que les subventions ne couvrent pas les charges de fonctionnement. Tenir un équilibre est donc un chemin difficile. Je dois tourner pour assurer cet équilibre. Je serai à la hauteur des ambitions artistiques. J’en ai envie et je le ferai sans m’économiser. »

Infos pratiques

Mirlitons

  • Mercredi 4 et jeudi 5 mars à 20 heures au Kubb à Évreux
  • Durée : 1h10
  • Tarifs : de 20 à 10 €
  • Réservation au 02 32 29 63 32 ou en ligne
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