Magenta : « Nous avons eu le luxe de pouvoir être libres ensemble »

photo : Gabriel Boyer

Une « musique qui danse et qui pense » : c’est de cette manière que Magenta définit son projet artistique. Cela donne une pop électro avec des textes intenses et percutants. Les membres de Magenta ne sont pas des inconnus. Ils étaient Fauve jusqu’en 2015, une année durant laquelle ils décident de prendre un virage musical, de se familiariser avec les machines et d’écrire Monogramme, sorti en avril 2021. Magenta est en concert samedi 16 octobre au 106 à Rouen. Entretien.

Comment l’expérience de Fauve a nourri la naissance de Magenta ?

Avec Fauve, c’était tellement magique. Il fallait alors faire durer ce mouvement, cet émerveillement dans nos vies intimes et notre vie collective. Nous avions conscience de vivre quelque chose d’unique. Cette aventure a nourri l’envie de continuer parce que nous avons découvert des sensations, des choses extraordinaires, une liberté. Nous avons eu le luxe de pouvoir être libres ensemble. Fauve nous a donné ce goût de l’aventure et des outils pour continuer, cette envie de créer et d’être en mouvement. Nous avons nourri nos aspirations personnellement et collectivement. Cela nous a apporté de l’expérience et donné confiance. Il fallait mettre tout cela à profit.

Cela passait obligatoirement par un changement de nom de groupe ?

Les choses se sont faites dans un ordre différent. La première chose, la plus noble et la plus respectueuse, a été de ne pas prendre le risque de gâcher cet état d’esprit sain. Nous savions que nous allions fermer une parenthèse mais pour en ouvrir une autre. Et nous avons profité à fond de chaque instant. C’était très beau. Il fallait rendre ensuite ce que l’on avait reçu et rester dans ce cercle vertueux. Après le dernier concert, nous nous sommes donné le temps de la réflexion et nous avons redécouvert la musique électronique. Ce fut un choc esthétique, voire un choc tout court. C’est une musique que l’on ne faisait pas. Nous nous en servions pour quelques instrus mais c’était toujours au service de la voix. Là, nous voulions nous en servir pour composer de la musique.

Pourquoi cette redécouverte a-t-elle été un choc ?

Nous avons écouté un peu de musique électronique mais elle n’était pas notre musique. Ce fut quelque chose d’immédiat, un peu fou. C’est comme si vous, alors lycéen, alliez chez un mec de la classe et trouviez une guitare. En sortant de chez lui, vous vous dites : il me faut une guitare. Nous avons eu l’impression de rajeunir. Nous avons acheté deux ou trois machines, des synthés et des boîtes à rythmes. On a commencé à bricoler.

Ce fut un vrai choix ?

Oui, ce fut un vrai choix avec beaucoup d’enthousiasme, d’envie, de fébrilité. Quand nous avons commencé, nous ne savions pas comment nous y prendre. Nous sommes restés dans cette continuité humaine et musicale avec cette envie d’aventure, de liberté.

Dans Fauve, il n’y avait pas de compromis. Et dans Magenta ?

Non, il n’y en a pas. C’est même pire, je trouve. Peut-être que cela s’entend moins parce que la musique électronique est moins incarnée et la voix, plus diffuse. Cela ne change rien dans notre approche en amont. Ce qui prime, c’est le son, la science du son, l’amour du son. Cela habite le groupe.

Il y a un thème aussi qui habite le groupe, c’est le temps.

Le confinement a fait que nous avions du temps. Cela a été galvanisant. Au bout d’un moment, nous nous sommes rendu compte que cela coûtait moralement. C’est comme si nous avions été muets pendant tous ces mois. Puis la voix est revenue mais différente. Les thématiques des textes sur ce sujet qui sont peu réjouissantes se sont imposées. Il y a un besoin que cela sorte avec quelque chose de l’ordre physique, corporel.

Quand a été écrite cette chanson 2019 ?

Bien avant tout ça. Nous avons voulu tout de même la garder. Avec cette succession d’infos qui ne parlent pas du Covid, cette chanson prend un autre sens. Il était aussi prévu que cet album sorte en 2019.

Est-ce que l’attente fut longue ?

Oui, c’est toujours long mais cela nous a permis de souffler, de sortir de notre studio, de prendre du recul. C’était le seul truc positif. Nous n’avons en fait jamais vraiment arrêté.

Aviez-vous une appréhension de la scène ?

Oui. Nous n’étions pas remontés sur scène depuis longtemps. De plus, avec un projet différent. Nous avions une appréhension en terme de son. C’est revenu mais pas tout de suite. Maintenant, nous sommes très contents de retrouver cette énergie, de partir sur les routes, de rencontrer des gens et de vivre de nouvelles aventures.

Infos pratiques

  • Samedi 16 octobre à 20 heures au 106 à Rouen
  • Première partie : Dalhia
  • Tarifs : de 20,50 à 5 €. Pour les étudiants : carte Culture
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com
  • photo : Gabriel Boyer
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