Après Enfance volée, Sylvie Meyer revient avec un autre documentaire, au cinéma mercredi 30 septembre, qui filme des séquences où une psy tente de remettre Le Monde à l’endroit pour les victimes de troubles psychotraumatiques.
Pour Enfance volée, Sylvie Meyer avait suivi des victimes dans le déni. Et celles, qui semblent s’en être le mieux sorties, avaient été soignées par Muriel Salmona, psychiatre fondatrice de l’association Mémoire traumatique et victimologie. C’est encore vers elle que la réalisatrice se tourne pour son nouveau documentaire. Il s’agit cette fois de filmer celles et ceux qui soignent et aident les victimes de troubles psychotraumatiques à remettre Le Monde à l’endroit.
La théorie expliquée aux victimes est simple : les blessures de l’enfance ne s’effacent pas, elles se réparent. Cependant, les troubles psychotraumatiques amenant les victimes à rendre ces violences invisibles, il faut parvenir à amener les patients à en prendre conscience. Muriel Salmona rappelle que « la terreur que génère l’intentionnalité destructrice et déshumanisante des agresseurs sexuels amène le cerveau à mettre en place des mécanismes neurobiologiques de sauvegarde exceptionnels, qui s’apparentent à une disjonction déconnectant le circuit émotionnel et le circuit de la mémoire. Cette déconnexion du circuit émotionnel, qui s’accompagne de la production de drogues dures équivalentes à un cocktail morphine-kétamine, crée une dissociation traumatique qui anesthésie émotionnellement et physiquement la personne traumatisée. » Le film nous aide à mieux comprendre ces mécanismes : sidération, dissociation, mémoire traumatique, amnésie traumatique, conduites dissociantes…
Être à l’écoute
Pour le cinéma, Sylvie Meyer a la bonne idée de suivre différents patients, comme Cassandra qui assume de parler de son cas avec Muriel Salmona, devant la caméra. De leurs côtés, Franck ou Mélissa, tous deux en fin de thérapie, acceptent de rejouer leurs séances pour raconter leurs parcours. Quant à Nina, étant mineur, elle est jouée par la comédienne Cyrille Mairesse que l’on connaît pour avoir jouer Odette, violée par un ami de la famille dans Les Chatouilles d’Andréa Bescond.
Par ailleurs, Muriel Salmona n’est pas la seule à l’écoute des patients poussés à affronter un passé douloureux. Trois comédiennes, totalement crédibles dans leur rôle, retiennent l’attention du spectateur, intrigué par la cohabitation entre fiction et réalité. Et ça marche. Le montage est parfait. Le spectateur entre en douceur dans le vif du sujet avec deux comédiennes, Isild Le Besco en psy et Cyrille Mairesse en jeune patiente, puis deux psy comédiennes participent à rejouer des séances avec deux patients. Et la démonstration s’achève avec une vraie psy et une vraie patiente qui, courageusement, tenait à témoigner publiquement.
Le choix des comédiennes psy s’est porté sur Isild Le Besco, Sandrine Bonnaire, Marianne Denicourt qui ont toutes les trois affirmé avoir expérimenté la violence dans leur vie. On aime la douceur de la première, la gravité de la seconde et l’humanité de la troisième. On aime leur présence et le calme qui s’impose pour amener leurs patients à réparer leur vie présente. À voir en complément de la fiction Mémoire de fille de Judith Godrèche qui aborde elle aussi le sujet à sa manière.
- Le Monde à l’endroit de Sylvie Meyer (France, 1h29) avec Sandrine Bonnaire, Marianne Denicourt, Isild Le Besco…
