Mécanismes de la violence dans le couple

Photo : Christophe Raynaud de Lage

Les Scènes de violences conjugales, ce sont celles de deux couples. Dans cette pièce de théâtre, jouée jeudi 18 avril à la scène nationale de Dieppe, le Perdita Ensemble suit leur parcours, des moments joyeux jusqu’à la reconstruction des deux femmes.

Gérard Watkins n’a pas hésité à « plonger dans un monde très actif pour voir l’étendue de l’énormité des types de violence ». Pour le metteur en scène du Perdita Ensemble, il y a tout d’abord « des chiffres hallucinants » — ceux des femmes décédées sous les coups donnés par leur conjoint — , puis les témoignages rassemblés dans des recueils et les rencontres avec les victimologues, les juges… C’est le point de départ de l’écriture des Scènes de violences conjugales, une pièce de théâtre jouée jeudi 18 avril à la scène nationale de Dieppe.

Il en a fallu un second : le travail d’improvisation sur le plateau avec les comédiennes et les comédiens, Hayet Darwich, Julie Denisse, David Gouhier et Maxime Lévêque. « Depuis plusieurs pièces, j’ai besoin d’eux parce qu’ils m’aident à voir, explique Gérard Watkins. J’ai besoin d’avoir ce contact physique, de voir les personnages en train de naître pour mieux écrire et mieux comprendre. En fait, ils m’apportent des choses très précieuses. Pour échapper à un amour violent, le personnage d’Annie essaie plein de stratégies de défense. Pendant cette improvisation, Julie Denisse a sorti des choses incroyables. Moi, en tant qu’homme, je n’aurais jamais pu les écrire. Tout comme Hayet Darwich qui a passé son enfance en Algérie. Cela m’aide à entrer dans l’écriture et à écrire de manière légitime ».

La joie avant les drames

Dans ces Scènes de violences conjugales, Gérard Watkins réunit deux couples. L’un, la quarantaine, vit dans un quartier bourgeois. Le second, plus jeune, est installé dans la banlieue parisienne. Annie, mère de deux enfants, trimbale un sentiment de culpabilité après des histoires avec « de mauvais gars ». Elle rencontre Pascal, photographe et pervers narcissique, qui va exercer surtout des violences psychologiques. Rachida a pu s’extraire de l’emprise de ses frères grâce à ses études. Juste un peu de liberté plus tard confisquée par Liam, un jeune homme qui n’a connu que la violence.

Au début, les relations entre les amoureux sont joyeuses jusqu’à ce que s’enclenche le cycle de la violence. Mais « il ne faut pas que la femme meure ». Ernestine, une victime, l’a demandé à Gérard Watkins. Dans Scènes de violences conjugales, Annie devait mourir. Après cet échange, l’auteur a revu sa copie. « Ernestine m’a expliqué qu’il était indispensable de ne pas montrer une fatalité. Dans le théâtre, il y a des victimes parmi les spectatrices. Celles-ci doivent se dire qu’elles peuvent s’en sortir ».

Scènes de violences conjugales est une suite de tableaux retraçant le chemin des deux couples, des vies ponctuées de signes de violence et de domination avant les gestes. Pour cette création, « il a fallu prendre du recul. Cela s’est fait par le biais de la fiction. Il a aussi fallu protéger les comédiennes et les comédiens. Dans la compagnie, nous travaillons avec beaucoup d’amour et beaucoup d’humour ».

Infos pratiques

  • Jeudi 18 avril à 20 heures à la scène nationale de Dieppe
  • Durée : 2 heures
  • Spectacle à partir de 15 ans
  • Tarifs : 19 €, 12 €
  • Réservation au 02 35 82 04 43 ou sur www.dsn.asso.fr
  • Des places sont à gagner