Intégré et infiltré

A Little Jaffna, Michael (Lawrence Valin) a intérêt à courir vite / Photo : Guy Ferrandis

Après deux courts-métrages, Lawrence Valin se lance dans l’aventure du long, devant et derrière la caméra, avec Little Jaffna, un polar qui se déroule à Paris, dans la communauté tamoule, et sort dans les salles de cinéma mercredi 30 avril.

Pour son premier long-métrage, le réalisateur et comédien Lawrence Valin nous fait découvrir à Paris le quartier de Little Jaffna — du nom de l’agglomération la plus au nord du Sri Lanka — où de nombreux tamouls se sont installés après avoir fui leur pays. L’occasion de rappeler que la guerre civile a déchiré cette île paradisiaque de 1983 à 2009.

« Le conflit qui oppose les Tamouls aux Cinghalais (les habitants de Ceylan devenu Sri Lanka, ndlr), je le connais depuis que je suis tout petit, témoigne Lawrence Valin en présentant son film au festival de Sarlat. Il a duré pendant plus de vingt-cinq ans. Mes parents et ma grand-mère ont fui le pays. Moi, je  suis de la première génération née en France. À la maison, on était Tamoul mais lorsqu’on sortait, on devait être français, encore plus que les Français. »

« J’ai voulu renouer avec l’histoire du pays de mes ancêtres »

Ce désir d’intégration apparaît fortement dans le film puisque le réalisateur se donne le rôle d’un jeune policier de Clermont-Ferrand d’origine sri-lankaise, envoyé à Paris pour infiltrer les Killi’z, un groupe connu pour extorsion et blanchiment d’argent au profit des rebelles séparatistes au Sri Lanka. Sa loyauté envers sa communauté et sa parfaite intégration à la France risquent d’en souffrir, d’autant qu’il va devoir affronter Aya (Vela Ramamoorthy), le plus grand argentier des Tigres tamouls à Paris. Puissant chef de gang gérant un trafic d’êtres humains, il n’est pas un tendre et il élimine d’un claquement de doigts ceux qui se mettent sur son chemin.

 « J’ai grandi en voulant être français au point de mettre de côté mes racines et ne rien savoir de mon pays d’origine, confie Lawrence Valin. Avec ce film j’ai voulu renouer avec l’histoire du pays de mes ancêtres. » De quoi permettre au spectateur de s’y intéresser aussi tout en suivant une enquête policière à laquelle le réalisateur mêle quelques scènes angoissantes, poursuites infernales et histoire d’amour à la Roméo et Juliette… Bref, on ne s’ennuie pas aux côtés de Michael qui met sa double culture — parfois  encombrante — au service de Little Jaffna qui a fait l’unanimité en remportant le Prix du Public et le Prix du Jury début avril au festival Reims Polar.

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