Camille Dewaele : « la danse est un mode d’expression corporelle puissant »

La Normandie est devenue pour Camille Dewaele une nouvelle terre de création. Elle a mené des ateliers artistiques avec des adolescents au centre hospitalier du Rouvray à Sotteville-lès-Rouen. Un travail qui fait l’objet d’une performance, Les Mots, écrite avec la poétesse Sarah Masson et présentée les 20 et 21 septembre au CHR lors des Journées du patrimoine. Lors des trois prochaines saisons, Camille Dewaele est par ailleurs la nouvelle artiste associée au Rive Gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray où elle proposera Æquilibrium. Originaire des Hauts de France, la fondatrice de la compagnie La Vive Allure compose une danse, nourrie de réflexions sur la confiance et l’estime de soi et sur le féminisme, d’une approche plurielle de son art et d’un accompagnement par le ballet du Nord – centre chorégraphique national de Roubaix. Entretien

Vous avez un bac littéraire option théâtre. Quel chemin avez-vous parcouru pour aller du théâtre à la danse ?

J’ai commencé par la danse à l’âge de 10 ans. Je suis ensuite passée par une classe option théâtre à Roubaix. J’ai toujours un réel plaisir à être comédienne, notamment dans la compagnie Zapoï. La danse est un mode d’expression corporelle puissant pour véhiculer des états d’être, pour raconter des moments de la vie, pour emprunter des chemins plus profonds. J’aime toujours autant le théâtre mais la danse a pris une grande place. Entrer dans un personnage me plaît beaucoup.

Il faudrait parler de danse au pluriel. Vous avez appris la danse classique et moderne, le hip-hop, le krump…

J’ai commencé par la danse moderne. La danse classique est venue après. C’était mon fer de lance à partir de 11-12 ans et jusqu’au bac. J’ai ensuite été vite attirée par les danses urbaines qui permettent d’être dans quelque chose de plus terrien, d’être plus dans un rythme, dans un style. Elles correspondent à mes valeurs individuelles et sont venues en miroir de ma formation universitaire. Quant au krump, je l’ai découvert lors d’un stage. Je me suis vite retrouvée dans cette explosivité, dans un état de transe, un lâcher prise et dans un contrôle. Les danses urbaines sont des danses de caractère.

S’ajoute aussi le flamenco.

Avec le flamenco, on est dans un rapport aérien et terrien. On s’étire vers le haut et on est ancré au sol. Dans cette danse, on est dans une posture, dans une estime de soi, dans une révolte aussi.

Vous avez évoqué des valeurs. Quelles sont-elles ?

Dans la danse classique, le rapport au corps est très important. Si on ne rentre pas dans les codes, il est impossible de faire carrière. Cependant, la danse classique m’a apporté la rigueur, la discipline et incité à toujours aller plus loin. Dans le hip-hop, il y a certes une autre forme de rigueur mais il est ouvert à toutes et à tous. Et il m’a permis de sortir de ma timidité. C’est une grande fratrie. Lors des battles, on a envie de bien faire, de donner le meilleur de soi-même pour faire gagner son équipe. Je défends les valeurs de la culture hip-hop.

Vous avez fondé votre compagnie, La Vive Allure et votre premier spectacle est un solo, Æquilibrium. Est-ce pour vous présenter ?

Oui, avec ce solo, je me présente. C’est une forme d’accomplissement grâce à des chorégraphes et des metteurs en scène qui m’ont accompagnée. Cette pièce correspond à une phase réflexive de ma vie nourries par des lectures, par mon vécu en tant qu’interprète et femme, par mes émotions. J’ai eu envie de montrer une part de moi et ce qui m’a touché, de convoquer mes thématiques et mes démons. Ce sont des états de corps.

Quand vous parlez d’équilibre. Est-ce un équilibre intérieur ou un équilibre dans une société ?

Nous vivons en permanence dans une quête d’équilibre. Quand nous n’allons pas bien, nous tentons d’aller mieux. On fait en sorte de se maintenir à flot. Je n’ai jamais compris les systèmes de violence, les accès de violence envers soi et envers les autres. On ne peut pas être toujours dans la révolte. On ne peut pas non plus être dans une joie en permanence. Ça ne marche pas non plus. Comment alors parvient-on à rééquilibrer tout cela et atteindre un apaisement ? Nous sommes en permanence dans cette recherche. Nous pouvons basculer vers un côté ou vers l’autre. Je traduis tout cela par le corps.

Vous menez divers ateliers et actions culturelles dans plusieurs lieux dont le centre hospitalier du Rouvray. Quels ont été les contenus ?

J’ai performé dans les unités, dans les réfectoires. J’ai observé les chambres d’isolement. J’ai beaucoup parlé avec les cadres de l’hôpital. Et j’ai mené des ateliers avec les adolescents. Cela a très vite matché avec eux qui ont pu exprimer leurs sentiments. Ce fut un matériau remarquable pour Sarah Masson. Lors des Journées du patrimoine, je restitue tout ce travail. Je performe sur les mots des adolescents qui évoquent des états de corps. 

Vous êtes également la nouvelle artiste associée au Rive Gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray. Comment envisagez-vous ces trois prochaines saisons ?

Je suis très attachée au Nord-Pas-de-Calais mais j’ai désormais un attachement à la Normandie qui devient un nouveau territoire de recherche. C’est très précieux pour moi. Être artiste associée permet de poursuivre le travail de création, d’expérimenter, d’être au contact des publics. Je suis tout terrain. Il y aura un accompagnement à la création, à la co-production et à la diffusion. C’est important quand on est en phase de création. Le Rive Gauche devient une de mes maisons-mères. 

Les Journées du patrimoine au centre hospitalier du Rouvray

Samedi 20 septembre

  • De 14 heures à 16 heures : découverte à vélo du CHR
  • À 15 heures : Les Mots de Camille Dewaele
  • À 19h30 : Les Nuits d’Artaud avec Foray et Sophie Caritté
  • À 21 heures : vernissage de l’exposition La Poésie du lien d’Anthony Peter

Dimanche 21 septembre

  • De 11 heures à 13 heures : découverte à vélo du CHR
  • À 13 heures : vernissage des exposition Le Génie des modestes de Bernard Nicolas et Anima de Brünn
  • À 14 heures : performance musicale de Manon Basille
  • À 14h30 : performance artistique de Jane Peters, Amanda Pinto Da Silva et Daniel Mayar
  • À 15 heures : Les Mots de Camille Dewaele
  • À 15h30 : performance plastique, Being Boing de Xavier Michel
  • À 16 heures : Uccelli de Sébastien Palis
  • À 16h30 : Corps inouïs de la compagnie Moi Peau

Infos pratiques

  • Samedi 20 et dimanche 21 septembre au centre hospitalier du Rouvray à Sotteville-lès-Rouen
  • Entrée libre et gratuite
  • Sans réservation
  • Aller au CHR en transport en commun avec le réseau Astuce
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