Véronique Gens : « il n’y a rien de plus difficile que le répertoire baroque »

photo : Jean-Baptiste Millot

Magnifique interprète du répertoire baroque et des compositions de Mozart, Véronique Gens a endossé avec brio le rôle de grands personnages de tragédies lyriques. Lors de la septième édition du Concours international de chant baroque de Normandie, organisé par Le Poème harmonique, Vincent Dumestre lui confie le rôle de présidente du jury qui devra départager 26 candidats et candidates. C’est à suivre du 25 au 28 septembre à la chapelle Corneille à Rouen. Entretien avec la soprano.

Vous êtes la présidente du jury du prochain Concours international de chant baroque de Normandie. Est-ce une place que vous appréciez ?

Oui, bien sûr. Je participe à des concours internationaux mais j’ai rarement l’honneur d’être la présidente du jury. C’est une grande chance. Je serai bienveillante parce que j’ai beaucoup d’admiration pour ces jeunes chanteurs. Je ne suis pas là pour les juger mais pour les encourager. C’est très difficile d’être un jeune chanteur aujourd’hui. Il faut s’accrocher.

Le concours est dédié au chant baroque. Existe-t-il une technique particulière pour l’interpréter ?

Oui, il y a une technique et plusieurs façons d’utiliser la voix. Or nous ne pouvons pas changer les cordes. Alors il faut utiliser la voix avec plus ou moins de soutien, de souplesse. Le chant baroque demande une souplesse incroyable et des ornements. Il faut tenir le son droit. C’est très exigeant et pointu. Tout le monde ne peut pas bien chanter la musique baroque. Il y a eu beaucoup de recherche sur le répertoire. Dans les années 1960, il fallait une toute petite voix. Aujourd’hui, on tolère plus de vibrato.

Est-ce que le répertoire du concours est particulièrement difficile ?

Il n’y a rien de plus difficile que le répertoire baroque. Il faut savoir chanter tellement de choses différentes, contrôler toujours l’instrument. Tout doit être propre et juste. Je pense qu’une telle rigueur n’existe pas dans les autres répertoires. 

Avez-vous passé beaucoup de concours ?

J’ai passé très peu de concours. À l’époque, il y en avait quelques-uns. La musique baroque n’était encore très appréciée et démocratisée. Elle était considérée comme une sous-musique et destinée à des interprètes qui ne chantaient pas bien et des musiciens qui jouaient faux. Dans les années 1980 et 1990, on lui a rendu ses lettres de noblesse. Aujourd’hui, toutes les maisons d’opéra programment un répertoire baroque. On l’entend aussi à la radio. 

Est-ce que le concours est devenu un passage obligé pour les jeunes artistes ?

Malheureusement un petit peu, oui, pour se faire connaître. Il y a tellement de très bons chanteurs. La concurrence est difficile et les moyens diminuent, les programmes s’allègent. C’est difficile de sortir du lot. Je suis pleine d’admiration pour eux.

Est-ce important pour vous d’être dans une transmission ?

Oui, bien sûr. Il est important de transmettre à ces jeunes chanteurs tout ce qui a été découvert sur ces musiques. Comme il est important de les aider à comprendre comment fonctionne cette musique, comment l’interpréter. Maintenant que nous avons des enregistrements. Nous ne pouvons que nous réjouir du développement de ce travail. À mon petit niveau, je peux échanger sur la façon de chanter. Comme nous le disons, il ne faut pas se coincer la voix mais chanter avec une voix plus ou moins libre. Il y a toute une grammaire à apprendre et à appliquer sans restreindre sa voix. Je peux être là en tant que conseillère. Je suis un peu comme leur mère à tous.

Comment faites-vous pour préserver votre voix ?

Personne ne peut vous apprendre cela parce que nous avons tous une voix différente et des capacités différentes à chanter. Cela s’apprend sur le tas. Il faut chercher, comprendre sa résistance, apprendre à gérer son stress, la fatigue… Chacun doit trouver et mettre en place des règles qui lui conviennent le mieux.

Dans le chant, la voix doit-elle être toujours au service d’un texte ?

Oui, bien sûr. Nous avons cette chance d’avoir un texte en plus pour sublimer la musique. Si on ne comprend pas le texte, si le public ne comprend pas le texte, c’est raté. Il faut comprendre ce que l’on raconte. Nous racontons des histoires. Ce que j’ai appris en premier avec William Christie, c’est la déclamation du texte. D’autant que nous avons la chance de porter de très beaux textes comme ceux d’Apollinaire, de Victor Hugo…  

Pourquoi une chance ?

C’est une chance parce que nous pouvons exprimer dix fois plus de choses et rencontrons des poèmes avec une belle musique dessus. Nous avons un pouvoir émotionnel de sublimer tout cela. Je ne dis pas que la musique n’exprime rien. Au contraire mais c’est une possibilité supplémentaire de raconter et d’émouvoir avec un texte.

Vous avez ému le public. Vous avez joué très souvent des femmes trompées et abandonnées.

Oui, ces personnages conviennent à mon type de voix. Ce sont principalement des femmes trahies et trompées. Elles sont surtout amoureuses. C’est l’amour qui les guide. Elles sont trahies parce qu’elles sont amoureuses.

Infos pratiques

  • Jeudi 25 septembre de 11 heures à 13 heures et de 14h30 à 17h30, vendredi 26 septembre de 11 heures à 12h45, samedi 27 septembre de 11 heures à 13 heures et de 14h30 à 16 heures, dimanche 28 septembre à 16 heures à la chapelle Corneille à Rouen
  • Tarif : 5 € pour la finale le dimanche
  • Réservation en ligne le dimanche seulement
  • Aller au concours en transport en commun avec le réseau Astuce
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