Dans son travail de dessinateur, François Boucq a exploré le western. C’est dans cette ambiance qu’il place la ville de Darnétal, reconnaissable à la tour de l’église, avec deux cowboys, sur leur cheval, convoyant un troupeau de vaches normandes sous un ciel orangé de fin de journée. Invité d’honneur de Normandiebulle, François Boucq a imaginé l’affiche de la 29e édition du festival de la bande dessinée qui se déroule les 27 et 28 septembre et accueille cinquante scénaristes et illustrateurs. Le dessin de cet artiste prolifique est toujours d’une grande précision et montre un sens singulier de la mise en scène où évoluent des personnages au regard si expressif. François Boucq aime les récits réalistes, pimentés d’humour et d’absurde. Auteur et/ou illustrateur de La Femme du magicien, de La Bouche du diable, de Little Tulipe, d’Un Général, des généreux, des Aventures de Jérôme Moucherot, il a reçu le Grand Prix au festival d’Angoulême en 1998. Entretien avec François Boucq.
Vous avez commencé par réaliser des caricatures politiques. Qu’a apporté ce travail à la création des bandes dessinées ?
J’adore la caricature. J’aime la manière de détourner la réalité politique et sociale. J’ai commencé très jeune, à 19 ans. Cela me plaisait beaucoup. Je devais domestiquer une actualité et dessiner en peu de temps. La rédaction du Point m’appelait la veille pour que je lui rende un dessin le lendemain. Je continue à persifler. C’est très agréable. Cela permet de laisser gambader mon esprit en dehors des sentiers battus.
Que voulez-vous dire ?
Il faut trouver une lecture différente à la lecture officielle. Quand un sujet est dramatique, il faut trouver quelque chose d’allusif. Pour d’autres sujets, on peut aller sur le versant de la dérision, de la moquerie… C’est tellement salutaire. Parfois, on peut y mettre un aspect poétique.
Vous avez signé avec Yannick Haenel Janvier 2015 – Le Procès, celui des attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo, un journal pour lequel vous collaborez.
Là, c’était plutôt sérieux et tragique. Les paroles étaient puissantes. Ce fut un moment assez remuant. Par ailleurs, il fallait être attentif à tout ce qui se passait. Nous étions encore dans la période Covid et tout le monde portait des masques. Je ne voyais pas les visages en entier alors j’ai dû jouer sur les attitudes globales des personnes qui étaient dans un état de vulnérabilité. Ce travail a révélé un certain climat émotionnel. Parfois, les émotions étaient très fortes et submergeaient. Vous êtes bouleversé par ce qui est raconté. Cela a valeur d’une prise de conscience des circonstances exceptionnelles de cet événement tragique.
La dimension réaliste est très présente dans votre travail. Pourquoi ?
Je me suis rendu compte que traiter les choses d’une manière réaliste permet de ne pas avoir de distance avec ce que l’on met en histoire. Si je dois traiter d’une passion amoureuse, je ne peux pas mettre une distance. Sinon, comment vais-je insuffler une crédibilité ? Je suis au premier degré avec les personnages qui vivent un peu ce que j’ai vécu.

Est-ce que dessiner, c’est avant tout raconter une histoire ?
Non, pas seulement. Dessiner, c’est explorer la vie par la forme. Nous sommes plongés dans un monde de formes et on nous donne des indications pour les interpréter. Nous savons ce qu’est une maison et, pour entrer, qu’il faut passer par la porte. Le dessinateur explore ces formes et se confronte à la réalisation intégrée de ces formes. En faisant ce parcours, il propose un autre parcours dans ce monde de formes. C’est une chose passionnante. Chaque forme est susceptible d’exprimer une partie du monde. Nous jouons avec les formes et recréons un vocabulaire visuel. C’est la même chose avec les mots — les lettres sont des formes. Or, ceux-ci sont conceptualisés. La bande dessinée est un prolongement naturel de l’exploration des formes. Nous créons un langage cohérent que l’on donne à lire aux lecteurs.
Comment naissent les personnages dans ce monde de formes ?
Ils naissent d’une manière un peu surprenante. On peut les chercher lorsqu’il s’agit d’un personnage réaliste. S’il est un héros ou un mauvais personnage, on se demande quelle tête il peut avoir. Parfois, ça arrive comme ça. Faire mourir un personnage est difficile parce que l’on ne va plus le dessiner. C’est une émanation de plusieurs facettes de soi mis en relation. Cela constitue une mosaïque. Faire mourir un personnage, c’est comme une ablation d’une partie de soi.
Vous travaillez souvent en duo.
Cela m’amuse de discuter sur des projets. Nous sommes comme des gamins dans une cour d’école. La forme de travail avec les scénaristes est assez atypique. La plupart du temps, je retravaille les scénarios. Une histoire est une aventure et nous ne savons pas qui nous allons rencontrer. Parfois, on peut se dire qu’il manque un personnage à un endroit et le scénario va changer. Il faut laisser fertiliser une histoire.
Comment décidez-vous de la suite d’une histoire ?
Il y a une envie de faire perdurer des personnages. Il arrive que ce soit les lecteurs qui le demandent. Une suite à une bande dessinée entre dans la tradition des feuilletons. Il faut ajouter les séries télévisées. Mais il faut toujours qu’une histoire s’arrête. Je déteste les fins ouvertes. C’est comme si on disait au public : débrouille-toi ! Ce n’est pas moral.
Infos pratiques
- Samedi 27 et dimanche 28 septembre de 10 heures à 18 heures aux tennis couverts à Darnétal
- Tarifs : 6,60 €, 4,10 € une journée, 8,60 €, 6,60 € les deux jours, gratuit pour les moins de 16 ans, les étudiants de l’Université de Rouen, les porteurs de la carte Atouts Normandie et les habitants de Darnétal
