Tourné à Lisieux, Adieu Monde cruel, premier long-métrage de Félix de Givry à voir mercredi 9 septembre, évoque le harcèlement scolaire avant de développer une histoire d’amour pleine d’espoir.
Félix de Givry a plusieurs cordes à son arc : comédien, scénariste et producteur — il a co-écrit et produit le magnifique film d’animation de Hugo Bienvenu, Arco, et se lance aujourd’hui dans la réalisation avec un premier long-métrage au titre intriguant : Adieu Monde cruel. Otto (Milo Machado-Graner), son héros, est un ado de 14 ans victime de harcèlement dans le lycée catholique qu’il fréquente à Lisieux.
« Le film est en partie autobiographique car empreint de mes souvenirs de collège où j’ai subi du harcèlement pendant trois ou quatre ans. C’était une période sombre, nous confie le réalisateur de passage à Rouen pour présenter son film lors d’une avant-première à l’Omnia. Mais ce n’est que le point de départ car l’idée était bien de faire un film de fiction. Adieu Monde cruel commence dans la noirceur et la mélancolie pour aller vers le retour à la vie grâce à une histoire d’amour. »
Après quelques scènes de confrontations douloureuses entre une victime et ses bourreaux, après avoir constaté l’impuissance ou le silence des témoins, Félix de Givry emmène son personnage plus loin. Otto décide de disparaître après avoir adressé aux élèves de sa classe une lettre expliquant qu’il serait mort lorsqu’ils la liraient. Sauf que… au moment de se jeter à l’eau, un élan de vie le retient.
Une rencontre
Disparu aux yeux de tous, l’ado se sent pris à son propre piège. Il ne lui reste plus qu’à rester à l’écart et observer de loin les recherches de son corps par la gendarmerie, la marche silencieuse lui rendant hommage, les larmes de sa mère… Là encore, des images que l’on peut voir dans les journaux télévisés.
La fiction s’amplifie lorsqu’un soir, une lycéenne l’aperçoit de loin, errant dans une rue. L’ayant reconnu, Léna (Jane Beever) va lui venir en aide en le cachant dans une chambre inoccupée de l’hôtel de sa mère. De la prise de risques, de la complicité, des rapprochements quotidiens, vont naître des sentiments et une jolie histoire d’amour, discrète et poétique portée par deux jeunes comédiens à suivre.
Milo Machado-Graner, remarqué dans Anatomie d’une chute de Justine Triet confirme ici sa capacité à accaparer l’attention de par sa douce intensité. « Avec lui, tout peut passer par le regard » confirme Félix de Givry. Quant à Jane Beever, « découverte lors d’un casting sauvage, c’était comme dans le film : son apparition était comme une évidence. » Ils portent tous deux ce mélange de détermination et de fragilité nécessaire à Otto et Léna, « deux personnes qui n’ont pas encore trouvé leur place dans le monde. » Une certitude se dessine pour le spectateur. Si Otto a abandonné sa vie, c’est pour mieux en construire une autre.
Félix de Givry ajoute pour conclure : « Ce qui me tenait à cœur, c’est que l’on sente que le film puisse passer du désespoir à l’espoir car ce n’est pas vraiment un film sur la disparition mais plutôt sur la réapparition dont l’amour est l’un des plus grands vecteurs. »
- Adieu Monde cruel de Félix de Givry (France, 1h33) avec Milo Machado-Graner, Jane Beever, Emmanuelle Destremau…
