Après son César de la Meilleure actrice pour Anatomie d’une chute, Sandra Hüller sublime la Rose de Markus Schleinzer et obtient l’Ours d’argent de la Meilleure interprétation à la dernière Berlinale.
Après Michael (2011) et Angelo (2018), Markus Schleinzer donne un autre prénom à son nouveau film, Rose, et s’appuie sur une affaire judiciaire qui s’est déroulée à Halberstadt en Allemagne. En 1721, Catharina Margaretha Linck — connue sous le nom de Anastasius Lagrantinus Rosenstengel — a été exécutée pour s’être fait passer pour un homme et avoir été reconnue coupable de sodomie.
Le réalisateur autrichien s’est alors intéressé à ces femmes qui, à travers les siècles, ont pris des allures masculines pour des raisons aussi diverses que variées. Certaines voulaient accéder à l’éducation et à l’autonomie, d’autres cherchaient à éviter un mariage forcé, d’autres encore voulaient obtenir un emploi réservé à la gente masculine ou encore s’engager dans l’armée par patriotisme ou simplement fuir la misère…
L’histoire que nous raconte Markus Schleinzer n’est donc pas celle d’Anastasius mais celle de Rose devenue soldate qui, au lendemain de la guerre de Trente Ans — série de conflits armés qui ont déchiré l’Europe de 1618 à 1648 — débarque dans un village isolé d’Allemagne. Pas très grand, pas très costaud et le visage défiguré par une vilaine balafre, celui qu’on appelle l’Original qui travaille dur et rend service facilement, va finir par se faire accepter par des villageois. L’Original est tellement bien intégré qu’un homme lui propose d’épouser l’une de ses cinq filles en échange d’un terrain providentiel. Ce mariage signera le début des ennuis de Rose.
Sandra Hüller, intense
Riche et passionnant, le film, présenté dans un magnifique noir et blanc, se montre austère et rigoureux, à l’image de la vie difficile que mènent ces simples et pauvres paysans. Une sévérité compensée par une voix off, douce et posée, qui nous donne plus l’impression d’écouter un conte que d’observer une sinistre réalité.
Au cinéma mercredi 9 septembre, Rose ne serait sans doute pas un aussi beau film sans le jeu exceptionnel de Sandra Hüller, en soldate balafrée. Mêlant étroitement force et fragilité, rudesse et sensibilité, courage et peur, la comédienne incarne avec intensité cette Rose au prénom parfaitement choisi puisque tout le monde aime cette fleur tout se méfiant de ses épines.
Cette Rose qui, au XVIIIe siècle, cherche à franchir les barrières de sa condition, fait écho à la situation de femmes que l’on connaît de nos jours à travers le monde : de la simple égalité salariale entre hommes et femmes à l’exclusion de la vie publique des femmes en Afghanistan, en passant par l’homosexualité condamnée par la loi dans de soixante-quatre états… « Je ne voulais pas être un homme mais un pantalon octroie plus de liberté, alors je l’ai porté » commente Rose. Une vérité encore trop réelle dans de nombreux pays.
- Rose de Markus Schleinzer (Allemagne/Autriche, 1h34) avec Sandra Hüller, Caro Braun, Marisa Growaldt…
