Rock in Évreux : c’est peut-être aussi la fin

photo : Vishnu R. Nair / Unsplash

Y aura-t-il un prochain festival rock à Évreux ? Après avoir décidé la fin du Rock dans tous ses états, Guy Legrand, maire d’Évreux et président d’Évreux Portes de Normandie, lâche Normandie Rock qui organisait Rock in Évreux. Le déficit est abyssal. À qui la faute ? Chacun se renvoie la balle. À la fin de la partie, il se peut que tout le monde perde. 

On allait voir ce que l’on allait voir… Les termes ne sont pas exacts mais les propos de Guy Lefrand avaient cette signification lorsqu’il a décidé fin 2016 de ne plus apporter son soutien à L’Abordage. Il faut dire que le maire d’Évreux n’a jamais montré une totale confiance envers l’équipe de l’association organisatrice entre autres du festival Rock dans tous ses états (RDTSE). Pourtant, à chaque édition, celle-ci a toujours montré une grande responsabilité et proposé une affiche prometteuse et alléchante. Alors il a trouvé deux raisons à cet abandon : des artistes pas assez bankables et un endettement trop important. Le maire qui tient à faire d’Évreux une ville de basket et de rock a accompagné la fondation d’une nouvelle structure en 2017 pour assurer la pérennité d’un festival à l’hippodrome de Navarre. Commence ainsi l’aventure de Rock in Évreux.

Ironie de l’histoire : c’est un endettement — celui-ci encore plus important — qui électrise les débats au sujet du festival. 930 000 €, c’est le déficit cumulé de Normandy Rock, tout d’abord présidé par Vincent Ficot, puis par Pascal Hubert depuis 2023. Dont 600 000 € pour la seule édition 2025 qui a accueilli moins de 14 000 festivaliers. Entre 2017 et 2023, la ville et Évreux Portes de Normandie ont apporté leur soutien à hauteur de 4 millions. Alors on a vu. Aujourd’hui, Rock in Évreux est un festival de musiques actuelles en péril puisque Normandy Rock se retrouve en cessation de paiement. Un sujet évoqué par les membres du bureau de l’association lors d’un conseil d’administration le 24 septembre.

Des engagements oubliés

Pour Olivier Vermeulin, conseiller municipal Les Écologistes de la Ville n’est pas étonné. « C’était couru d’avance. Le festival ne pouvait pas tenir en raison de son modèle économique. Mais Guy Lefranc s’est obstiné par fierté. C’est son festival ». Même sentiment de la part de section socialiste d’Évreux qui saisit la chambre régionale des comptes : « Par des engagements financiers pris par écrit sans validation du conseil municipal, le maire a exposé la collectivité et précipité l’association vers un naufrage prévisible », notent Louis-Samuel Pilcer et Lydia Marie Saint-Félix.

Depuis chacun sort son communiqué. Guy Lefrand qui n’a pas répondu à une demande d’entretien l’écrit : un tel déficit « ne saurait être assumé par les contribuables ébroïciens ». Donc la ville ne comblera plus les trous. Pascal Hubert répond sur les réseaux sociaux et rappelle : « nous, association Normandy Rock, avions pris nos responsabilités le 9 juin 2025 en décidant de ne pas souhaiter réaliser ce festival et vous avez fait un choix différent le 11 juin dernier en nous imposant cette édition 2025, quoi qu’il en coûte ».

Enfin Pascal Hubert reproche au maire de ne pas tenir ses engagements. « C’est pourtant vous qui avez exigé que l’édition 2025 se tienne, « quoi qu’il en coûte » malgré la décision du CA de ne pas engager un endettement identifié. Vous avez personnellement signé un courrier engageant la municipalité à couvrir les dépenses et les dettes antérieures », écrit-il.

Une trahison

Le président considère cette décision comme « une trahison vis-à-vis de l’association, des bénévoles et des entrepreneurs ». D’autant que Guy Lefranc annonce dans ce même communiqué : « dans le cadre d’une convention avec l’agglomération Évreux Portes de Normandie, la Ville d’Évreux s’engage à reprendre l’organisation du festival. L’objectif est clair : permettre au rock de continuer à résonner et à faire vibrer Évreux ». Lors d’une interview à Ici Normandie, le maire d’Évreux et président de la communauté d’agglomération souhaite ainsi confier l’organisation et la programmation à l’équipe de Ça sonne à la porte, le festival gratuit de Grossœuvre, porté par Évreux Portes de Normandie, avec une affiche constituée d’artistes confirmés et émergents. 

Qu’en est-il vraiment ? Y aura-t-il alors deux festivals dans l’Eure ou est-ce la fin de Ça sonne à la porte ? Pas de réponse pour l’instant. Il faut rappeler que dans le secteur des musiques actuelles, les festivals sont en grande souffrance. Malgré une fréquentation remarquable, leur modèle économique est à bout de souffle en raison d’une forte hausse des charges et des cachets des artistes. Face à une telle décision, Olivier Vermeulin ne cache pas sa « crainte » et souhaite « tout remettre à plat ».  Tout comme les deux secrétaires du PS : « Après avoir créé et soutenu une association contrôlée par ses proches pour remplacer RDTSE, Guy Lefrand souhaite désormais municipaliser l’événement sans remettre en cause le modèle déficitaire qui l’a conduit à l’échec. Évreux mérite mieux qu’un outil de communication électorale déguisé en événement culturel ». Le rock s’impose désormais dans la future campagne pour les prochaines élections municipales et ça pourrait bien être électrique.

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