Le « rare groove » de True Loves

Photo : DR

Le groupe américain True Loves débarque au 106 à Rouen vendredi 3 octobre pour un concert placé sous le signe du funk instrumental. Groove, sueur et coupe afro sont au programme de la salle rouennaise. 

Oser jouer de la musique totalement instrumentale à l’heure actuelle relève du suicide artistique, de la folie ou peut-être finalement et simplement d’une grande passion ? Et c’est bien de cela qu’il s’agit chez True Loves. Mais aussi à cause du départ soudain de leur chanteuse Grace Love aka Asheia Bias partie mener d’autres projets en solo. Orphelins de leur frontwoman, les membres du groupe ont décidé à la suite d’un bœuf, en 2017, de poursuivre l’aventure sans la partie vocale, en réarrangeant l’existant, en composant de nouveaux titres comme on pourra l’entendre vendredi 3 octobre au 106 à Rouen. La soul d’hier a laissé place à un funk torride et hypnotisant. 

Un mal pour un bien qui révèle au final la qualité indéniable de ces musiciens, restés derrière Grace Love le temps d’un magnifique album éponyme, de deux singles et pas mal de concerts. Dans les styles soul music et funk, la force des backing bands américains réside justement dans cette sorte d’asservissement, dans le fait de maintenir le strict « au service de », au contraire de nombreux musiciens français, qui dans un registre musical équivalent, se noieront dans une déferlante de notes pour justifier de leur savoir-faire comme on le constate bien souvent.

Une différence culturelle ? Pour le guitariste Jimmy James, élu nouveau leader par ses comparses de scène, ce changement a nécessité une révision du projet comme il l’a dit lors d’une interview réalisée pour la radio KEXP : « Ça a été un vrai défi de faire des instrumentaux, parce que la plupart d’entre nous étions habitués à jouer avec des chanteurs ou des chanteuses. Il a fallu combler les espaces. D’ordinaire, on restait dans le groove et tout le monde s’appuyait dessus parce que le chant apportait la partie principale. Nous étions juste la toile de fond qui soutenait l’ensemble. Aujourd’hui, il faut remplir les vides laissés par l’absence de voix… »

Dans True Loves nouvelle version, cette retenue est bien sûr moins respectée. Les sept musiciens s’offrent un peu plus de liberté, toutefois sans jamais déborder, sans en faire des tonnes et altérer le groove. De toute façon, le groupe maîtrise l’art de la nuance malgré les solos de saxophone, de trombone, de guitare et même de percussions depuis l’arrivée de Iván Galvez aux congas, qui alternent avec les thèmes mélodiques joués à l’unisson. 

La force de True Loves réside donc dans ce collectif de musiciens généreux, de spécialistes du  groove, « d’exhumeurs » de funk old school qui nous rappellent les grandes heures des JB’s, de Mickey & The Soul Generation, de The Meters, et les groupes des studios Motown, Fame, Stax ou encore Daptone avec les plus récents Dap-Kings qu’ils côtoient et vénèrent à la fois. Un rêve devenu réalité pour Jimmy James qui accompagne pourtant du beau monde puisqu’il est aussi et notamment le guitariste attitré du Delvon Lamarr Organ Trio. Un musicien d’expérience tout comme ses six compagnons de scène, trois soufflants et trois rythmeurs. Une famille funk presque au complet puisqu’il manque juste l’organiste.   

Après avoir sorti plusieurs disques pour différents labels dont l’incontournable Colemine Records, le groupe originaire de Seattle, la ville où il pleut la moitié de l’année, revient avec Good Weed & Red Wine, un single en forme d’ode aux plaisirs interdits ou à consommer avec modération, sans parole évidemment mais avec la certitude de pousser le public sur le dancefloor. D’ailleurs, James Brown mettait le public à genoux avec son Make It Funky en 1971 et Charades imposait son Gimme The Funk dans toutes les discothèques en 1981… On peut compter sur True Loves pour poursuivre la fête ce vendredi soir avec ce génial Did It Again inscrit sur la play-list. 

Infos pratiques

  • Vendredi 3 octobre à 20 heures au 106 à Rouen
  • En ouverture et en clôture : Aeon Seven
  • Tarifs : de 20 à 6 €
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou en ligne
  • Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
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