Aurore Fattier : « Je ne voulais pas une pièce genrée avec des couples hétéronormés »

Photo : Simon Gosselin

Dans cette histoire, il y a Le Dindon. Pontagnac est sans cesse à la conquête d’une proie féminine. Cette fois, il s’est épris de Lucienne, épouse de son vieil ami, Vatelin. Tout comme Rédillon qui voit là arriver un concurrent. Or Lucienne a un principe : elle ne trompera jamais son mari. Sauf si elle a connaissance d’une quelconque aventure. Avec elle, c’est si tu me trompes, je te trompe… Par vengeance tout simplement. Justement, Maggy, une Anglaise plutôt exubérante, vient rappeler à Vatelin leur rencontre le temps d’un soir. Toute la mécanique de Feydeau se met ainsi en route dans Le Dindon, une pièce de théâtre que met en scène Aurore Fattier. Après On purge bébé et La Puce à l’oreille, la directrice de La Comédie de Caen revient à Feydeau pour sa première création dans son lieu du 7 au 11 octobre avant les représentations au Volcan au Havre Les 15 et 16 octobre. Elle amène cette histoire dans le monde de la nuit, dans un cabaret où se révèlent les failles et les travers des personnages. Entretien avec Aurore Fattier.

Pourquoi êtes-vous revenue à Feydeau ?

C’est un auteur que j’aime beaucoup. Il me fascine parce qu’il met les acteurs et les spectateurs en joie et en vie. Il y a longtemps que je travaille cette matière théâtrale avec les étudiants dans les écoles. Feydeau demande une rigueur de jeu et une inventivité sur le plateau. C’est d’une exigence technique extrême dans le jeu et la mise en scène. Si vous n’êtes pas fidèle au rythme, vous êtes à côté.

Pourquoi avez-vous choisi Le Dindon ?

Cette pièce résonne avec l’actualité. Dans Le Dindon, il est question de sexualité. Quand un homme suit une femme dans la rue, c’est du harcèlement. Et Lucienne, elle se dépatouille avec sa sexualité et va découvrir un monde nocturne.

Vous avez opté pour une distribution particulière.

J’ai voulu une distribution uniquement d’hommes. Sauf Lucienne qui est jouée par une femme. Sinon, toutes les femmes sont jouées par des hommes. Je suis allée chercher des acteurs qui font du cabaret et du drag. Nous sommes là dans le travestissement. Je ne voulais pas une pièce genrée avec des couples hétéronormés. J’ai préféré décaler les lectures habituelles. Ce parti-pris de la distribution est inédit pour moi. C’est une expérimentation audacieuse.

Est-ce les femmes qui tirent les ficelles de cette histoire ?

Oui, d’une certaine manière. D’ailleurs Le Dindon est une pièce assez féministe. Lucienne est victime d’un monde où les rapports sociaux sont compliqués. Feydeau fait une critique sociale acerbe. Il l’écrit à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. On assiste à la naissance de la psychanalyse. Lucienne est dans un immense inconscient. Nous pouvons avoir plusieurs lectures lorsqu’elle dit : je tromperais mon mari s’il me trompe. Elle peut être de mauvaise foi et n’attendre que cela.

Quelle place ont les hommes ?

Ils en prennent tous plein la figure. Quant au dindon, il remporte la palme parce qu’il est persuadé d’être le plus grand séducteur mais il est le plus détestable.

Vous mettez en miroir deux mondes, celui du jour et celui de la nuit.

Il y a le monde diurne dans le cabinet d’avocat de Vatelin. Puis on bascule dans le monde de la nuit avec des créatures et une bande son. On change de décor. C’est une sorte de monde chaotique. Grâce au dispositif scénique, on peut créer des hors-champs et suivre l’action principale.

Quelle fonction donnez-vous à la caméra ?

Elle est comme un téléphone portable. Elle a une dimension narcissique. Ce sont les acteurs qui la manipulent. Les personnages se filment, se regardent. Cela raconte notre rapport actuel à l’image. La caméra peut être aussi l’outil de vidéo surveillance.

Infos pratiques

  • Mardi 7, mercredi 8, jeudi 9 et vendredi 10 octobre à 20 heures, samedi 11 octobre à 18 heures au théâtre à Hérouville-Saint-Clair. Tarifs : de 25 à 8 €. Réservation au 02 31 46 27 29 ou en ligne
  • Mercredi 15 octobre à 19 heures, jeudi 16 octobre à 20 heures au Volcan au Havre. Tarifs : 25 €, 22 €. Réservation au 02 35 19 10 20 ou en ligne
  • Durée : 2h30
  • Spectacle à partir de 16 ans
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