La scène française du rock s’impose au 106 à Rouen jeudi 9 octobre avec la venue de Pogo Car Crash Control et de Bryan’s Magic Tears, deux groupes de styles différents toutefois reliés par le son et l’identité des années 1990.
Un concert, deux ambiances. Une décennie, deux esthétiques. Le 106 joue la carte retour dans le passé et plus particulièrement dans les années 1990 ce jeudi 9 octobre en programmant Pogo Car Crash Control et Bryan’s Magic Tears. S’ils sont bien actuels, ces deux groupes made in France respirent le son d’une autre époque, celle des grandes heures des poids lourds Nirvana, Oasis, Korn, The Happy Mondays, Blur, Green Day, My Bloody Valentine, The Deftones, etc., évoluant souvent dans des registres aussi éloignés que l’est le fond diffus cosmologique de la Terre ou presque…
Comme d’autres périodes de renouvellement artistique avant elles, les nineties ont marqué les esprits, développé des sous-cultures, façonné des nouvelles générations de fans et influencé une armada de musiciens aussi inspirés que doués. Nos deux protagonistes du jour, Pogo Car Crash Control et Bryan’s Magic Tears, cochent toutes les cases avec une forte tendance au grunge pour les premiers cités et un goût prononcé pour le baggy chez les autres.
Un nouveau visage
Si, à l’origine, Pogo Car Crash Control s’est plutôt révélé par le biais du métal en squattant les scènes du Hellfest et autres événements du genre, son dernier album intitulé Negative Skills, sorti cette année, marque un tournant pour le groupe avec une orientation franchement grunge après avoir côtoyé le punk et le nu metal. L’habituel très gros son de P3C, comme on les appelle aussi, conserve sa place en toile de fond mais le quatuor a souhaité montrer un nouveau visage, plus mélodique, plus lumineux et aussi plus sérieux dans le texte contrairement aux précédentes productions qui soulignaient de manière récurrente leur sens de l’humour et leur tendance à l’ironie.
Les parties chantées restent partagées entre le frontman Olivier Pernot et la bassiste Lola Frichet, également connue pour avoir initié le mouvement More Woman on stage afin d’encourager les jeunes filles et les femmes à jouer d’un instrument sur scène. Lola est aujourd’hui une figure emblématique du féminisme dans le milieu de la musique en plus d’être une des plus brillantes bassistes de rock, d’ailleurs élue numéro 1 en 2020 dans le cadre du concours proposé par le magazine américain SheShreds, titre qui lui permet une reconnaissance internationale dans la communauté des spécialistes de la quatre cordes.
Avec ce quatrième opus enregistré à New York sous la houlette du producteur John Markson, Pogo Car Crash Control assume son évolution musicale mais conserve une rage folle en live où la bande des quatre se lâche et se transfigure en total contrôle bien sûr.
De son côté, Bryan’s Magic Tears ne se contente pas d’un registre musical aussi identifiable et précis que le shoegaze du groupe Ride qu’il manie à la perfection comme on peut l’entendre sur le titre Stalker, le quatuor tape à merveille dans l’autre style sexy et jouissif de la même époque : le baggy, avec The Happy Mondays et The Stone Roses clairement identifiés dans le rétroviseur des Frenchies. Que de bonnes références mais que d’évidences également tant Bryan’s Magic Tears ressemble à une version hexagonale du triptyque magique Ride, Happy Mondays, Stone Roses. Un savant et savoureux mélange du son des Anglais cuisiné à la sauce parisienne.
Le résultat est succulent, à commencer par ce Stream Roller qu’on pourrait coller sans hésiter au répertoire des furieux d’outre-Manche précédemment cités. Ce single pulse et hypnotise avec sa touche psychédélique si chère au baggy. Un titre parfait pour le marché anglais mais assez insensé en France où la tradition de la chanson pèse de tout son poids. Pourtant Bryan’s Magic Tears s’est fait un nom dans l’Hexagone et même au-delà en assurant des concerts généreux et débridés portés par un environnement sonore tournoyant, spatial, électronique et pimenté, joués par cinq musiciens aussi aguerris que sémillants dont, autre point commun avec Pogo Car Crash Control, la présence d’une bassiste dans le groupe.
Ce rendez-vous du 106 s’annonce intense et coloré et ces deux-là ne vont pas se priver pour inviter le public à danser, à sauter, à hurler et à se remémorer le temps d’un concert commun l’ambiance des années 1990 dans ce qu’elles avaient de plus délirantes et transcendantes musicalement. Prêts pour le grand saut… dans le passé ?
Infos pratiques
- Jeudi 9 octobre à 19h30 au 106 à Rouen
- Tarifs : de 20 à 6 €
- Réservation au 02 32 10 88 60 ou en ligne
- Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
