Léonore Confino : « Quand j’écris, j’évite de plâtrer le sens »

Photo : Samy Lafamille

Les rounds s’enchainent sur ce Ring. À travers plusieurs saynètes, l’autrice Léonore Confino raconte avec délicatesse et humour les états amoureux, des plus exaltants lors de la rencontre jusqu’aux plus douloureux lors de la rupture, sans oublier les incompréhensions pendant la vie commune. Elle décortique tous ces moments vécus par les amants, les mariés, les divorcés, les parents… Elle propose une nouvelle version de la pièce de théâtre, Ring, mise en scène cette fois par Côme Bellescize et jouée vendredi 5 décembre par Jina Djemba et Amaury de Crayencour aux 3 Colombiers à Notre-Dame-de-Gravenchon. Entretien avec Léonore Confino.

Pourquoi avez-vous écrit une nouvelle version de Ring ?

J’ai écrit une nouvelle version pour trois raisons. Mon vécu, la naissance de mon premier enfant et la longévité du couple ont bousculé ma vision de l’amour. Ring est devenu plus tendre. Par ailleurs, la société a évolué. Tout comme la place de la femme. Le mouvement #MeToo a redonné une place aux femmes. Enfin, j’ai réécrit pour ces deux acteurs-là, Jina Djemba et Amaury de Crayencour. J’écris mes pièces pour le plateau, pour les comédiens. Je veux que les mots soient dans leur corps. J’ai alors réécrit beaucoup de scènes.

Comment doit-on comprendre ce titre, Ring ? Ce peut être le ring de boxe ou l’anneau qui unit, dans la pièce, un homme et une femme.

C’est aussi le carré blanc qui est le lieu du plateau. À cet endroit, nous plaçons deux êtres, qui s’appellent Camille tous les deux, dans diverses situations et nous regardons comment ils réagissent. C’est donc un lieu d’intensité. Dans la première version de Ring, l’un gagnait et l’autre était KO. Dans cette nouvelle version, j’ai ajouté beaucoup plus de nuances.

Pourquoi votre regard est-il plus tendre aujourd’hui ?

Il y a plus de tendresse, d’humour, d’empathie. J’ai voulu sortir des schémas, de la passion, de ces moments qui brûlent et apporter de la nuance. J’ai ajouté plusieurs scènes de silence. Ce couple s’observe et a des sentiments qui se construisent avec le temps. Des gestes chorégraphiques viennent raconter cela. 

Dans cette pièce, vous avez imaginé non pas un mais plusieurs couples ?

C’est un couple avec plusieurs identités et on commence avec Adam et Ève. Ève s’ennuie. Elle voudrait du vivant, de la matière. Elle veut s’épanouir. Arrivent ensuite les rencontres, les serments, le premier conflit… L’identité est en mouvement dans le couple et nous suivons cette évolution.

Quand les deux sont en désaccord, les échanges sont très vifs.

Ce sont même souvent des affrontements. Ils sont viscéraux et instinctifs. Et cela se joue où on ne les attend pas. Comme la recherche du prénom de l’enfant. En effet, la situation devient cataclysmique, volcanique. Mais l’amour est toujours là. Ils tiennent l’un à l’autre même s’ils mettent à mal cette ligne de vie. Ce couple se cherche et ne s’épargne pas pour rester ensemble.

Quelle place vous êtes-vous accordée lors des répétitions ?

Je vais en répétition une fois par semaine pour ne pas être trop intrusive. À chaque fois, je voyais qu’ils y mettaient de leur vie. Ils ont beaucoup travaillé avec le corps, avec les émotions pour faire ressortir une vérité. Ce qui fait que la pièce est extrêmement vivante. En cela, la pièce est vraiment un ring parce qu’ils prennent le risque du plateau.

Comment parvenez-vous à intégrer les comédiens dans votre écriture ?

J’y pense de plus en plus. Quand j’écris, j’évite de plâtrer le sens. Je souhaite que la matière se teigne de la matière des acteurs. Ce sont ainsi des fenêtres qui s’ouvrent davantage avec les silences et les non-dits. Tout comme les imaginaires. Cette pièce invite au dialogue. Nous le voyons à la fin des représentations. Même au sein des couples qui ne voient pas la même chose.

Est-ce que Ring est une pièce sur laquelle vous vous pencherez à nouveau ?

Oui, j’ai envie qu’elle me suive. Elle est un état des lieux. Le monde va tellement vite et nous assistons à des révolutions humaines. Il y a des choses que nous ne voyons plus de la même manière. Ma vision du couple va encore évoluer.

Infos pratiques

  • Vendredi 5 décembre à 20h30 aux 3 Colombiers à Notre-Dame-de-Gravenchon
  • Durée : 1h20
  • Tarifs : 20 €, 10 €
  • Réservation au 02 35 31 30 43 ou en ligne
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