Rappeur singulier, presque à contre-courant, Georgio s’est imposé dans l’univers du hip-hop avec une écriture introspective, littéraire et brillante. Il sera en concert jeudi 29 janvier au Havre sur la scène du Tetris et samedi 7 mars au 106 à Rouen.
La grande majorité des rappeurs d’hier sont devenus les chanteurs d’aujourd’hui, voire des stars de la chanson (variété) française pour la frange qui concerne l’Hexagone. Une conséquence de l’évolution des goûts artistiques, du renouvellement des générations et surtout de l’utilisation massive de l’autotune qui a permis de débloquer les derniers verrous vers la reconnaissance. Bien sûr, certains en abusent jusqu’à en faire une identité vocale mais d’autres l’utilisent avec parcimonie et c’est le cas de Georgio, en concert jeudi 29 janvier au Tetris au Havre et samedi 7 mars au 106 à Rouen, qui l’emploie essentiellement dans les refrains pour ajouter une note mélodique plus marquée.
Et encore… À l’effet sonore le rappeur préfère la force des mots. Un choix artistique qui l’évince probablement du ring des ténors actuels du genre mais le maintient toutefois dans la catégorie des poids lourds du rap made in France. Pas de Paris La Défense Arena ou de Stade de France pour le moment mais tout de même une Adidas Arena et ses plus de huit mille places fin janvier.
Loin des formules faciles et des clichés du genre, Georgio propose une prose riche, précise et percutante. Ses textes sont ciselés, ses rimes aiguisées et son flow maîtrisé. Chaque mot est exigeant, impeccablement choisi pour définir et illustrer ses états d’âme, sa psyché, ses souffrances intérieures, mais aussi ses questionnements sur le monde et la société.
À 33 ans, Georgio alias Georges Édouard Nicolo, n’est plus un novice du rap et ses sept albums témoignent en sa faveur. Sa soif d’écriture n’est pas épanchée. Ses paroles particulièrement denses, sombres et intrinsèques font mouche à chaque écoute. Le rappeur parisien a construit sa discographie à partir de son parcours de vie quelque peu accidenté, souvent compliqué mais toujours assorti d’une lueur d’espoir. Il utilise les mots pour soigner ses maux. Il considère le rap comme un remède et mène une introspection depuis ses débuts, en 2011, avec l’EP Une Nuit blanche, des idées noires. Il n’hésite pas à se découvrir, se mettre à nu, à continuellement s’interroger à travers les thématiques de la solitude, de l’identité et de l’amour, sujets récurrents dans ses albums.
Gloria, dernier opus en date sorti en octobre 2025, reprend les mêmes codes introspectifs tout en étant probablement l’album le moins sombre et torturé qu’il a écrit. Un constat plutôt paradoxal puisque les titres ont été façonnés après le décès de son père, pendant la période de deuil. Malgré sa peine, Georgio souhaitait composer une sorte d’ode à la vie et au bonheur marquée par les souvenirs joyeux. Le tout enregistré et mixé avec une voix dominante pour que le propos soit clairement audible.
Sa passion du rap et des mots le pousse à peaufiner toujours plus ses textes, à décortiquer et s’approprier les spécificités de la langue française, à multiplier les références à ses auteurs préférés qui sont notamment Romain Gary, Louis-Ferdinand Céline, Robert Desnos ou encore Vladimir Maïakovski. Pourtant son parcours scolaire ne reflète pas cette appétence pour la langue et les grands auteurs. Le jeune Georges d’alors, récalcitrant et incontrôlable, stoppe le collège en classe de quatrième avant de reprendre une scolarité obligatoire jusqu’à ses 16 ans, un an avant le bac. Son apprentissage du français s’effectue finalement par des heures et des heures de lecture qu’il met en pratique dès ses premiers textes, jonglant avec les figures de styles qu’il affectionne toujours autant comme on peut l’entendre dans l’album Gloria.
Georgio n’est certes pas le plus médiatisé des rappeurs mais certainement l’un des plus intéressants dans son approche du genre. Il allie force et finesse, phrases choc et douceur vocale. L’auteur du magnifique Hera, single essentiel sorti en 2016, conserve un pied dans le passé mais ne néglige pas l’évolution actuelle du rap. Contrairement à bon nombre de ses homologues, il ne touche pas le public pré-adolescent, plutôt un auditoire adulte, fidèle et sensible à la profondeur de ses textes, à son univers noir et tourmenté mais toujours tourné vers l’espoir d’un avenir meilleur.
Infos pratiques
- Jeudi 29 janvier à 20 heures au Tetris au Havre. Première partie : Mona Guba. Tarifs : 28 €, 24 €. Réservation au 02 35 19 00 38 ou en ligne
- Samedi 7 mars à 20 heures au 106 à Rouen. Tarifs : de 29 à 22 €
