Monster Florence : du rap dans le shaker

Photo : James Kelly

Un pied dans le rock, un autre dans le jazz et les deux mains dans le rap… Le groupe britannique Monster Florence, en concert au Tetris au Havre jeudi 5 mars, rebat les cartes musicales pour mieux amalgamer les genres et c’est parfaitement réussi.  

Il y a des groupes difficiles à situer, presque impossibles à catégoriser du fait de leur singularité. Monster Florence appartient à ce team insolite qui ne tranche pas vraiment pour un style ou un autre mais possède pourtant une véritable identité artistique. En concert dans la salle havraise Le Tetris, jeudi 5 mars, Monster Florence arrive d’outre-Manche, de Colchester plus précisément, ville moyenne située au nord-ouest de Londres plus célèbre pour ses vestiges que pour ses musiciens.

Alors plutôt que de ressembler à des milliers d’autres british bands, tous aussi bons et doués les uns que les autres, et rester dans l’ombre de nombreux ténors, le sextuor a opté pour la presque difficulté de croiser les genres musicaux pour affirmer sa différence. En fait, un choix qui n’en est pas vraiment un mais le résultat de l’association de six musiciens issus d’horizons aussi divers que possibles.

Au départ, le producteur, claviériste et guitariste, Tom Donovan découvre le rap à tendance grime d’Alex Osiris sur des vidéos postées sur les réseaux sociaux, l’appelle et lui propose de balancer son flow sur quelques beats qu’il avait mis de côté. Le rappeur débarque au studio avec deux de ses potes, Dream McLean et Wallace Rice, autres adeptes du rapping et membres du groupe Regime. Les gars assurent et un Donovan convaincu s’empresse de contacter deux de ses habitués de sessions d’enregistrement, le batteur Johnny Poole et le bassiste à la double casquette de saxophoniste Cameron Morrell pour compléter ce collectif. Il en résulte un large éventail d’influences qui passent bien sûr par le rap mais aussi le post punk, le jazz et l’indie-rock. Une joyeuse galerie de personnages qui apportent une couleur originale au projet et surtout une véritable marque de fabrique réalisée à partir de plusieurs ingrédients. 

Monster Florence sort très vite plusieurs singles suivis d’albums – l’avantage d’avoir un producteur au sein du groupe – mais la révélation du groupe se fait par le live où son format inhabituel apporte de la nouveauté, où ses performances tendues bousculent le public. La scène est une évidence pour ces Anglais. Un terrain d’affirmation où ils cassent les codes habituels en se jouant des rythmes, en déstructurant les chansons, pour finalement proposer une sorte de rap old school à chercher du côté du début des nineties où les frontières stylistiques sautaient dès les premières notes : ambiance jazzy sur Blue, post punk sur Jonny, indie-rock sur le tout récent Urgh et même classic pop pour Picture Frame, featuring enregistré avec Miles Kane. Ce panel stylistique aussi large que savoureux inscrit le collectif anglais dans un registre proche de The Streets et Gorillaz sans tomber dans le copier-coller pour autant.  

Malgré une connotation italienne dans le non, ce Monstre de Florence s’avère totalement britannique dans le son, les textes, l’esprit, et dans l’ambiance assez cinématographique particulièrement audible lors des débuts du projet. Par analogie, on pourrait même renommer le groupe Jack The Ripper mais on se contentera d’un Monster Florence aussi saignant que difficile à décrypter. Un groupe à part dans le paysage musical mais fortement recommandable pour un public amateur de rap qui sort des clichés actuels et de rock propice à l’ouverture artistique. 

Infos pratiques

  • Jeudi 5 mars à 20 heures au Tetris au Havre
  • Première partie : Marla Wallace
  • Tarif : 12 €
  • Réservation au 02 35 19 00 38 ou en ligne
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