Sam Sauvage : « pour être optimiste, il faut être romantique »

photo : Hugo Lardenet

Mesdames, Messieurs ! Voilà un titre en forme d’invitation. Sam Sauvage interpelle ainsi avec un premier album remarquable et treize titres pour raconter le chaos du monde, l’absence d’un père, l’amour qui peine à être romantique, la violence faite aux femmes… Il y a dans les chansons pop-électro de cet artiste, au look de dandy et d’un charisme naturel, une poésie brute, une douce mélancolie, une tendresse naturelle et un humour décalé. Sans oublier cette voix qui étonne et ce petit grain de folie irrésistible qui donne envie de danser. Depuis la sortie de son EP, Prémices, Sam Sauvage n’en finit pas de séduire. Il a reçu une Victoire de la Musique 2026 dans la catégorie Révélation masculine. En Normandie, il est en concert samedi 7 mars au Kubb à Évreux, vendredi 10 avril au Cargö à Caen, samedi 23 mai aux Papillons de nuit à Saint-Laurent-de-Cuves et jeudi 18 juin à Cabourg mon amour à Cabourg. Entretien.

Nous avions échangé après la sortie de votre EP qui marquait « le début d’une histoire ». Que représente ce premier album ?

C’est la suite de cette histoire… Plus sérieusement. Je ne sacralise pas la sortie d’un album. Je préfèrerais sacraliser les chansons et les sortir les unes après les autres. Je fonctionne plutôt de cette manière-là. Néanmoins, il est bien de commencer une telle aventure par un album. Cela permet de présenter un univers complet avec une certaine cohérence artistique.

Pourquoi avez-vous choisi ce titre, Mesdames, Messieurs !, qui est une adresse directe ? D’ailleurs vous interpelez dès la première chanson.

Personne ne me connaît. J’ai voulu une présentation, une introduction. Tout dépend de la façon dont vous prononcez ces deux mots. Là, c’est comme si vous ouvriez une porte et que vous invitiez à entrer. C’est une adresse en effet pour dire : Bienvenue ici ! Surtout pas une injonction.

Vous le chantez : je ne suis qu’un conteur de fables. Pourquoi cette définition ?

C’est une phrase qui a plusieurs sens. Je ne parle pas que de moi. Dans les chansons qui sont des fables, je raconte des mensonges pour la bonne cause. Or mon écriture est davantage réaliste. Je raconte les gens mais je raconte ce qui vient de moi, de mon regard. Les histoires sont à mon image.

Vous êtes un conteur du quotidien.

Pour moi, il n’y a pas de petites et de grandes vies. D’ailleurs, je n’ai pas une vie si passionnante que cela. Je ne voyage pas beaucoup. Je rencontre des gens proches. Je passe des soirées avec des copains. Dans le cadre de la tournée, maintenant, je rencontre davantage de personnes mais c’est différent. Jusqu’alors, j’ai raconté ma jeunesse en prenant un peu de recul.

Vous entamez l’album par un Avis de tempête qui évoque une fin du monde.

Oui, les jeunes le savent très bien. Nous avons perdu toute perspective d’avenir. On reçoit à longueur de journée des messages nous disant que tout est foutu. Cela crée des gens qui n’ont plus rien à perdre et qui sont critiqués parce qu’ils sont considérés comme des individualistes. Je préfère croire en un monde nouveau. Je pense à des jeunes qui sont en train d’essayer d’écrire ce monde nouveau. Il faut se réconcilier avec ces nouvelles générations.

Est-ce que les personnes romantiques sauveront le monde ?

Tout serait beaucoup plus facile avec les romantiques. Là, je ne parle pas de romantisme dans l’amour mais dans la façon de vivre. Pour être optimiste, il faut être romantique. Il ne faut pas perdre cette partie-là parce qu’elle est fragile. Je ne suis pas tant un romantique mais plutôt un naïf pour être optimiste. Je ne peux pas vivre autrement. Je vois clairement l’état du monde et ça ne va pas s’arranger. L’essentiel est d’être dans un combat volontairement naïf pour donner de l’espoir.

Pour cet album, vous vous êtes entouré de Pierre Cheguillaume et Simon Quenea qui ont travaillé avec Zaho de Sagazan, et de David Enfrein.

Ce fut de super rencontres. Je n’ai rien changé à ma manière de travailler. J’ai écrit dans ma cuisine. J’ai eu besoin d’aide pour la direction musicale. Cela m’a permis de prendre beaucoup du recul sur les chansons. Ils ont apporté une autre façon de voir et d’écrire la musique. Une façon avec laquelle j’étais en accord. Tout cela a donné de belles chansons.

Vous incarnez davantage vos textes. Est-ce que cela a aussi libéré votre voix ?

Je pense qu’il y a plusieurs facteurs. Avec ma voix, nous formons maintenant un vieux couple. On s’engueule et on se réconcilie. Par ailleurs, il y a une grande différence lorsque l’on s’enregistre chez soi où il est préférable de rester à bas niveau et dans un studio où vous avez la possibilité de vous libérer. Enfin, au fil des concerts, j’arrive à mieux maitriser ma voix. Tout cela a fait que j’ai pu me libérer.

Vous avez reçu une Victoire de la musique. Est-ce une récompense que vous attendiez ?

Les récompenses ne m’ont jamais fait plus d’effets que cela. Là, je suis dans ma cuisine et cela ne va pas changer ma vie. Cette Victoire, c’est une reconnaissance éternelle, un souvenir que je vais garder toute ma vie. C’est assez facile à dire aujourd’hui mais je ne m’y attendais pas du tout. Pour moi qui viens de Boulogne-sur-Mer, c’était déjà chouette d’être entouré de tous ces gens qui font des carrières remarquables. Cette Victoire doit apporter de l’espoir à toutes celles et ceux qui viennent de n’importe où.

Infos pratiques

  • Samedi 7 mars au Kubb à Évreux. Tarifs : de 23 à 10 €. Réservation au 02 32 29 63 32 ou en ligne
  • Vendredi 10 avril au Cargö à Caen. Tarifs : de 23 à 13 €. Réservation en ligne
  • Samedi 23 mai au festival Les Papillons de nuit à Saint-Laurent-de-Cuves. Tarif : 54 €. Réservation en ligne
  • Jeudi 18 juin à 18 heures au festival Cabourg mon amour sur la plage de Cap à Cabourg. Tarifs : 40 €, 35 €. Réservation en ligne
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