Le 106 à Rouen accueille jeudi 7 mai Arthur Satàn, un frenchy qui sent la marmelade et le porridge à plein nez. Pop raffinée, son dévastateur et émanations psychées au programme.
Arthur Satàn ? Avec un pseudo aussi diabolique, on pourrait s’attendre à un activiste de la scène black metal tout droit venu de Scandinavie. Que nenni ! Ce satané personnage en question arrive de Bordeaux où le rouge sanguin ne coule que dans les fûts de vieillissement. Et derrière cette diablerie lexicale se cache Arthur Larregle, auteur, compositeur, interprète et multi-instrumentiste, impliqué dans de nombreux groupes dont JC Satàn, bien connu dans le secteur alternatif. C’est pourtant en mode projet solo mais accompagné de quatre musiciens qu’il débarque au 106 à Rouen jeudi 7 mai.
Ce touche-à-tout de la musique refuse les barrières stylistiques et multiplie les entreprises déconcertantes sans le vouloir. Seule sa passion de la musique le guide. Sous l’appellation Arthur Satàn, le voici plongé dans la seconde partie des sixties quand le rock psychédélique brisait les carcans du business discographique pour établir de nouvelles normes voire déconstruire tout l’acquis pour mieux le réinventer. Arthur n’a pas grandi dans les sixties mais il baigne dedans depuis sa plus tendre enfance, biberonné aux albums de The Kinks, The Beach Boys, The Zombies, The Beatles bien sûr et aussi de T.Rex que son grand frère écoutait beaucoup. Le sens mélodique extraordinaire de ces piliers a marqué à jamais son esprit créatif.
A Journey That Never Was, le deuxième album en solo et suite logique au précédent So Far So Good, en est le meilleur témoignage sonore possible. Harmonies et arrangements pullulent au sein de ce nouvel opus qui ne sent pas du tout le terroir français. Le triptyque bleu, blanc, rouge domine bien les débats mais il s’agit surtout d’une référence à l’Union Jack. Pourtant, le Bordelais ne se contente pas de réciter ses gammes pop à merveille. Il s’autorise des allers-retours temporels, piochant dans le glam par ici, dans la brit-pop (Supergrass, Super Furry Animals) par-là, et même dans les sonorités électroniques post vingtième siècle.
The Death Of King qui introduit l’album avec un thème baroque joué au clavecin sur fond de bruitages et de vocalises nous stoppe en 1968 avant le grand bon en avant vers les nineties dès la seconde chanson de l’album. Ce va-et-vient continu ne décrédibilise pas la cohérence de l’album pour autant. Le moteur pop tourne à merveille malgré une différence de régime d’un titre à l’autre. On passe de My Valentine, magnifique ballade qui fige le temps durant 3’28 au mur du son sur la plage suivante. On croise McCartney chez Lovely Suzy et Marc Bolan sur Glamousaurus Rex. Les icônes du passé, les monstres sacrés et les idoles de toujours défilent de manière fantasmagorique à travers chaque chanson mais jamais ne prennent l’ascendant sur la fibre artistique d’Arthur Satàn. Ici, toucher le cœur de la cible n’est pas une fin en soi ; viser à côté, tout en s’en approchant, démontre les capacités digestives d’Arthur lorsqu’il évoque ses influences.
Alors comment reproduire cet enchevêtrement parfaitement structuré de sources sonores sur scène ? Un problème que les Beatles ont connu en d’autres temps et qu’ils n’ont pas réussi à résoudre mais les moyens techniques ont évolué depuis. Les nappes de cordes peuvent être jouées sans violons apparents, la technologie d’aujourd’hui autorise l’impossible d’hier. Et plus simplement, Arthur Satàn joue ses chansons autrement. Le son est plus brut, plus organique aussi. À cinq pour les live, le groupe libère une grosse énergie ne laissant que peu de répit au public pour souffler. Il joue fort et sans concession. Et la scène incarne véritablement le versant diabolique d’Arthur Satàn.
Infos pratiques
- Jeudi 7 mai à 20 heures au 106 à Rouen
- Première partie : Polynation
- Tarifs : de 18 à 5 €
- Réservation au 02 32 10 88 60 ou en ligne
- Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
