Cette année, la Biennale d’art contemporain confiée au critique d’art Philippe Piguet invite à porter un regard nouveau sur le paysage. Comment regarder le paysage aujourd’hui ? Derrière cette question en apparence simple se cache une réflexion sur la manière d’habiter un territoire, de traverser un jardin ou d’observer une architecture. Le commissaire signe ici une sélection exigeante et sensible où le paysage devient un espace de mémoire, de matière et d’émotion. Un parcours est à découvrir jusqu’au 20 septembre à Évreux où les œuvres d’artistes de toute génération dialoguent avec la ville et révèlent des lieux patrimoniaux sous un angle nouveau.
Point de départ : le musée d’Art, Histoire et Archéologie. Dans la cour ou au cœur du musée, l’exposition réunit notamment les œuvres de Vincent Barré et Daniel Pontoreau. Les artistes jouent avec les formes, les matières et les volumes pour modifier la perception. Sculptures, dessins, installations et céramiques parlent du paysage comme d’une sensation, une expérience à éprouver. Une ligne suggère un horizon, une masse évoque une présence végétale, une texture rappelle la pierre, la terre ou le vent. Le paysage se révèle d’emblée comme une présence vivante, plus qu’une image simplement offerte au regard.

À l’extérieur, les œuvres prennent possession du parc Saint-Louis, du square Delaunay, des jardins botanique et méditerranéen, au plus près des arbres, des allées et des perspectives. Elles délaissent les murs du musée pour se fondre dans le tissu du vivant, au rythme des feuillages, des circulations et des lumières. Les propositions de Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize, Lionel Sabatté, Damien Cabanes, Richard Di Rosa et Laurent Le Deunff y déplacent subtilement les repères, renouvelant la manière dont on habite et perçoit ces lieux. Ce dialogue entre l’art et la nature transforme la promenade en parcours singulier. Le visiteur est invité à ralentir, à observer autrement et à redécouvrir un environnement pourtant familier.
La dernière étape conduit du jardin des Simples à la médiathèque Rolland-Plaisance. Dans le cloître, la pièce inédite de Raphaële de Broissia vient épouser la mémoire des murs et se mêle au silence du lieu. À la médiathèque, la Porte intérieure de Michel Natier trouve sa place au cœur d’un espace dédié au savoir et à la transmission, où le paysage se pense autant qu’il se regarde. Cette conclusion rappelle que le paysage ne se réduit pas aux seuls espaces naturels : il se compose aussi d’architecture, de lieux de vie et de traces du passé. La Biennale d’Évreux parvient ainsi à transformer une réflexion sur le paysage en promenade sensible, où chaque étape invente une nouvelle manière d’accorder son attention au monde.
Infos pratiques
- Jusqu’au 20 septembre dans la ville d’Évreux
- Gratuit
