Ébranlé par la laideur

Park Jung-min interprète Lim Yeong-gyoo jeune et son fils Dong-hwan / Photo : Wowpoint and Plus M Entertainment

Avec The Ugly, sur les écrans de cinéma mercredi 29 juillet, le réalisateur coréen Yeon Sang-ho adapte pour le grand écran Face, son premier roman graphique racontant l’histoire d’une femme moquée depuis l’enfance à cause de sa laideur.

Au festival de Cannes en 2016, son fantastique Dernier Train pour Busan a fait sensation auprès de tous les festivaliers. Cette année, Yeon Sang-ho revient avec The Ugly, et, bien plus réaliste cette fois, la laideur dont il est question a de quoi ébranler le spectateur, fan ou non de cinéma coréen.

Dans une Corée des années 1970, connaissant une croissance fulgurante, Lim Yeong-gyoo (Kwon Hae-hyo), le héros de The Ugly est devenu un maître artisan reconnu, malgré une cécité dès la naissance. La beauté des sceaux qu’il grave lui vaut l’admiration de tous et l’intérêt d’une journaliste qui veut lui consacrer une émission. On découvre ainsi l’atelier dans lequel cet homme sage et digne, vit seul — sa femme étant partie quarante ans plus tôt — avec son fils, Dong-hwan (Park Jung-min). 

Une tragédie

Le film prend une tournure tragique et mystérieuse lorsque le squelette d’une femme est retrouvée non loin de là. C’est celui de Jeong Young-hee (Shin Hyun-been), la mère de Dong-hwan. Le fils, déterminé à découvrir la vérité sur cette mort, et la journaliste, espérant un scoop, vont mener l’enquête auprès de l’ancien patron et quelques collègues de la disparue.  

Ici, pas de violence morbide, pas de meurtres en série, pas de zombies abominables, juste la laideur humaine. Et c’est peut-être encore plus troublant. Le fils va entendre parler de sa mère et ce qu’il apprend ne va pas le faire sourire : depuis l’enfance, tout le monde se moquait d’elle pour sa laideur. Yeon Sang-ho filme toujours Jeong Young-hee tête baissée, cheveux dissimulant ses traits, longeant les murs, humiliée et méprisée. Ses seuls moments de bonheur auront été son mariage avec l’artisan aveugle et la naissance de son fils.

Avec The Ugly, Yeon Sang-ho s’attaque aux préjugés, aux idées reçues, au harcèlement social qui peut aller de la simple bêtise jusqu’à la haine, un constat toujours d’actualité. En parallèle, le réalisateur ironise sur le sens de la réussite, du succès, obsession coréenne des années 1970. Lim Yeong-gyoo, qui considère avoir réussi à se faire une place dans la société, s’est senti humilié lorsqu’il comprend qu’il a épousé une femme laide. Or la laideur d’un visage n’a rien à envier à la laideur d’une âme.  

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