Pilotée pour la première fois par Gaël Charbau, l’édition 2023 d’Un Été au Havre, festival dédié à l’art contemporain, convainc avec ses douze nouvelles œuvres qui interrogent, intriguent, surprennent, amusent. Celles-ci « surgissent » dans différents quartiers de la ville jusqu’au 17 septembre et viennent compléter une collection déjà riche.
Point de départ de cette 7e édition d’Un Été au Havre : la gare où Isabelle Cornaro rend hommage à Marguerite Huré, peintre verrière, créatrice des vitraux de l’église Saint-Joseph, « élément architectural le plus emblématique de la ville ». En reprenant la gamme chromatique de l’édifice, l’artiste décore de pixels de couleurs, rouge, orange, jaune, vert et bleu, les grandes baies vitrées de la façade de la gare. En fonction de la lumière du jour, le hall se pare de multiples teintes avec cette installation intitulée Coupes.
Volupté, diversité, curiosité, créativité, intégrité, subtilité, sérénité… Tous ces mots, avec le suffixe -té, ont pris place autour de la devise de la République française, liberté, égalité, fraternité, sur le fronton de l’hôtel de ville. Ils rythment la façade avec la même typographie, avec des lettres de même taille et de même couleur. C’est une pièce de Mathieu Mercier, « la plus bavarde. Il restait de la place. Trois mots, ce n’est pas suffisant. Dans mes choix, je n’ai pas souhaité être manichéen, moraliste ou provocateur mais suscité un plaisir et une ouverture d’esprit ». Non sans humour. Mathieu Mercier a également inventé deux mots, virgilité et encoraté.

Entre l’hôtel de ville et la Catène de containers, la double arche de Vincent Ganivet, se trouvent It Owl et Buffalo Croc de Stefan Rinck, deux sculptures aux traits grossiers en pierre crayeuse. L’artiste allemand crée deux animaux fantastiques en référence à des mythes et à l’imagerie du Moyen-Âge. Le premier, It Owl, est proche d’une chouette avec des yeux rieurs et deux énormes pieds. Buffalo Croc ressemble à un crocodile, plutôt inoffensif.

Il y a une ambiance du sud avec Coup de vent d’Emma Ertzscheid. La toute jeune diplômée de l’ESADHaR (école supérieure d’art et design Le Havre et Rouen) a tiré des cordes à linge entre deux bâtiments de la rue Robert-de-La-Villehervé au Havre. « Lors d’un échange entre écoles, j’ai passé un semestre en 2022 à Jérusalem, une ville où je n’étais jamais allée. Je me suis baladée et j’ai vu des vêtements accrochés dans les rues. C’était pour moi une manière de connaître les gens. Avec le vent, le linge prenait des formes abstraites. Au Havre, il y a aussi du vent ». Emma Ertzscheid a récupéré divers vêtements qu’elle a déformés avec un grillage et et colorés avec une résine. Cette installation ajoute un autre rythme dans l’architecture de Perret.

Que se passe-t-il dans un quartier quand on y installe une œuvre d’art ? Des éléments de réponse se trouvent dans cette pièce de Juliette Green à la Maison de l’été. L’artiste a réalisé un dessin à partir de paroles recueillies auprès des Havraises et Havrais. Sur les murs, elle a « dessiné la carte mentale de cette saison », indique Gaël Charbau. Ses croquis racontent les œuvres de cette édition 2023 d’Un Été au Havre. Juliette Green y ajoute les remarques du directeur artistique.

Dans Upcycle Solution, Maroussia Rebecq propose une collection de mode havraise. Elle dresse un portrait original de 50 personnes habillées de vêtements de travail défilant dans le port. Le film est présenté à la Maison de l’été.

Le Rayon vert est une œuvre qu’il faut imaginer. Didier Mencoboni a dessiné un faisceau de lumière verte partant de la plage pour se s’étendre jusque dans les quartiers de la Mare rouge et le Mont-Gaillard. Pour diffuser la couleur, l’artiste a besoin de la participation des habitants et des commerces. Le vert a fait une première apparition lors de la distribution d’enveloppes dans les boîtes aux lettres. Il va se propager et traverser la ville grâce aux multiples initiatives.
Sur la plage, Léo Fourdrinier propose Mind And Senses Purified, un titre issu du Freed From Desire de Gala. Sur ce gradin, il est possible d’avoir un autre point de vue sur la mer et sur la ville. Dans les jardins suspendus, Fleur Helluin a construit Palinopsie, une sculpture en acier et en verres colorés, à partir des plans d’un bâtiment de guerre. Cet élément architectural devient une sculpture lumineuse.
L’Aurore apparaît de Pier Sparta est un écho à Fortunes et servitudes, une des trois expositions sur l’Esclavage, mémoires normandes, à l’Hôtel Dubocage de Bléville. Présentée dans la cour du musée, la sculpture représente une frêle embarcation avec un groupe de personnes en exil. « Je sais ce qu’est cet arrachement à sa terre. Je fais partie d’une famille immigrée sicilienne ». Pier Sparta a imaginé cette œuvre comme un tableau à deux faces et laissé transparaître l’âme de ces êtres en train de vivre une tragédie.

De la danse avec Anouk Kruithof. De la danse à voir, à reproduire ou à inventer sur la musique de Karoliina Pärnänen. Dans Universal Tongue, proposé aux Docks Vauban, l’artiste néerlandaise a mis bout à bout 8 800 vidéos de danses, traditionnelles, folkloriques, contemporaines et urbaines, interprétées par des professionnels et des amateurs. C’est une « dancyclopedia » joyeuse.
Grégory Chatonsky, artiste associé pendant trois ans à Un Été au Havre, a conçu un projet artistique le temps de sa résidence. Il vient ainsi interroger le rapport en les arts et le temps. Pour cette 7e édition, il se consacre au lien entre image et passé et invente La Ville qui n’existait pas, une série de grands formats accrochés dans 25 endroits du Havre. Grégory Chatonsky a créé avec une intelligence artificielle de grandes fresques à partir de photographies d’archives et contemporaines. Il joue avec les échelles, les perspectives et diverses scènes de vie quotidienne pour construire un paysage à la fois réel et fantastique.

Infos pratiques
- Jusqu’au 17 septembre dans le ville du Havre
- Gratuit
