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Swann van Rechem : « la musique de Puccini est pleine de profondeur »

photo : Fred Margueron

Turandot est une princesse qui ne souhaite pas partager sa vie avec un homme. Son refus de l’amour s’explique par de lointaines souffrances. Alors pour freiner l’élan de quelques prétendants, elle leur propose un jeu avec trois énigmes à résoudre. Calaf y parviendra et Turandot se résoudra au mariage. Du 2 au 6 mai au Théâtre des Arts, l’Opéra de Normandie Rouen propose une adaptation de la pièce de Giacomo Puccini (1858-1924) dans laquelle le public est invité à chanter. Turandot est l’opéra participatif de la saison, transposé dans un musée où les objets prennent vie, mis en scène par Andrea Bernard et interprété par l’orchestre de l’Opéra, dirigé par Swann van Rechem. Entretien avec le chef.

Quelle est la particularité de Turandot, l’opéra de Puccini ?

C’est la dernière pièce de Puccini. Et elle est inachevée. Cela ajoute un mystère supplémentaire. Musicalement, Turandot a aussi une singularité. Elle est très moderne. Puccini va chercher beaucoup de couleurs orchestrales, comme des percussions asiatiques, pour créer d’autres atmosphères. Quant à l’histoire, elle est aussi étrange. Turandot ne veut pas se marier et l’opéra se termine par un duo d’amour. Calaf arrive à la faire changer d’avis. Dans la vraie vie, c’est tout à fait impossible. Puccini a travaillé pendant sept ans sur cet opéra parce qu’il ne parvenait pas à trouver un chemin musical et théâtral qui paraisse réel. Cette fin n’a en fait aucun sens.

Est-ce l’œuvre la plus adaptée pour les enfants pour découvrir l’opéra ?

Oui, c’est un bon premier opéra. On traverse différentes atmosphères. Le génie de Puccini fait que l’on retient les mélodies après les avoir entendues une fois. Certains enfants sont tellement touchés par la musique qu’ils en oublient de chanter.

Est-ce facile d’interpréter les airs de Turandot ?

Pas tant que ça même s’il y a des passages très complexes. Celles et ceux qui ont bien travaillé et connaissent le texte arrivent à suivre. Lorsque l’on m’a proposé ce programme, j’étais très sceptique. Je pensais qu’il était difficile de faire chanter des enfants. Je suis très étonné. Ils chantent et il y a un effet dynamo. Il faut lancer la machine. Quand elle est en marche, elle roule très bien.

photo : Fred Margueron

Puccini a composé un air très connu dans Turandot. C’est Nessum Dorma

C’est une musique tellement exceptionnelle que l’on est obligé d’entrer dans le monde de l’opéra. Cependant, pour moi, Nessum Dorma n’est pas le plus beau. Je suis très touché par les extraits chantés par le personnage de Liù, notamment le moment où elle accompagne Timur, le père de Calaf. Liù est amoureuse de Calaf. Elle a une partition tellement plus fine. On est sur un nuage et on ne touche plus le sol avec elle.

Dans cette œuvre, comment Puccini accompagne la souffrance des personnages ?

Le drame est marqué par des notes plus hautes, des harmonies plus torturées. Et tout cela prend aux tripes. La musique rend les personnages très humains et crée des émotions.

Y a-t-il un motif particulier pour Turandot et Calaf ?

Oui, il y a le motif de l’amour pour l’air de Turandot. Ce qui est étrange puisqu’elle ne veut pas d’homme. Il sera aussi repris par Calaf. Cela nous fait supposer que Calaf triomphera et que l’amour vaincra.

Il y a beaucoup de mystères dans cette pièce.

Oui. Il y a déjà le mystère de Turandot. Elle explique que son ancêtre a été violée dans son palais et qu’elle ressent encore dans son corps ce traumatisme. Comme si elle avait vécu ce viol. Autre mystère : comment Calaf parvient-il à résoudre les énigmes ? Il y a enfin un côté magique parce que l’histoire traverse les âges. La musique de Puccini est pleine de profondeur. Elle a beaucoup de choses à dire. C’est une œuvre bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Comment avez-vous alors travaillé cette partition de Puccini ?

Je lis la partition dans le silence. Je l’écoute dans ma tête et je cherche ce qu’elle doit raconter. Quand l’orchestre et les chanteurs arrivent, je partage cela. Ce sont de longs mois de travail parce que les choses doivent se décanter. À l’opéra, il faut faire le lien entre la musique et le théâtre pour créer un spectacle cohérent et faire en sorte que le public soit transporté.

Swann van Rechem dirige l’orchestre de l’Opéra de Normandie Rouen / photo : Arnaud Bertereau

Infos pratiques

  • Samedi 2 mai à 18 heures, dimanche 3 mai à 16 heures, mercredi 6 mai à 14h30 au Théâtre des Arts à Rouen
  • Durée : 1h15
  • À partir de 6 ans
  • Représentation en langue des signes dimanche 3 mai
  • Tarifs : de 30 à 5 €
  • Réservation au 02 35 98 74 78 ou en ligne
  • Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
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