Charlotte Lagrange insuffle de la joie au Préau

photo : Thomas Faverjon

Dix-sept spectacles ponctuent la saison 2026-2027 du Préau, CDN de Normandie-Vire. Il faut y ajouter des ateliers, des animations, des conférences, des lectures musicales, des rencontres, des résidences… Cette programmation, aux propositions alléchantes, est la première que signe Charlotte Lagrange, directrice depuis janvier 2026, et marque les 30 ans du théâtre.

La saison 2026-2027 s’ouvre vendredi 11 septembre avec Molière et ses masques de la compagnie normande, Le K. Simon Falguières a écrit et mis en scène une fête du théâtre et surtout une belle déclaration d’amour à cet art populaire. Il raconte la vie du dramaturge français du XVIIe siècle, dépeint un homme — joué par une femme, Anne Duverneuil —, pétri de doutes, qui s’interroge sur les injustices, le pouvoir, la religion, la vocation, la censure…

Ce spectacle si généreux pourrait être le résumé de cette saison 2026-2027 du Préau à Vire. Il contient en effet les intentions de Charlotte Lagrange pour ce lieu qu’elle dirige depuis janvier 2026. L’autrice place par ailleurs cette saison sous le signe de la joie. Le théâtre, « c’est l’outil de la résistance et du partage de l’imaginaire. Il offre ce temps où il est possible de croire que l’on peut changer les choses. Et la joie, c’est performatif. C’est un vrai travail. Parfois, nous n’en avons pas envie. Le théâtre est alors le lieu où l’on peut retrouver cette joie et un apaisement. Il devient un refuge où s’expriment toutes les émotions. On peut y pleurer et ça fait du bien. C’est aussi ce lieu qui permet de comprendre ce monde-là et nous donne les ressources pour nous battre. »

Se battre encore et toujours parce que « la culture vit des grands 8. Comme tous les services publics. Ce n’est pas rien de diriger un lieu mais je m’accroche à cette mission de service public malgré ces petites coupes budgétaires qui viennent affecter les possibilités. Je milite pour ce 1 % culturel dans le budget total de l’État pour soutenir la création. »

Des grands formats et des soli

C’est une programmation avec dix-sept propositions artistiques, avec des grands formats et un Temps des soli, « des spectacles qui m’ont marquée et rappellent des choses fondamentales. Il a été important d’avoir une pluridisciplinarité et de renouer avec l’intergénérationnel », commente Charlotte Lagrange. C’est aussi une saison avec sept artistes associés, Hakim Bah, Julie Duclos, Éva Doumbia, Simon Falguières, Valérian Guillaume, Alice Laloy et Constance Larrieu. « Ce sont des personnes, à découvrir au fil des années, qui ont des écritures qui portent et sur lesquelles il a été possible de s’appuyer », se réjouit la directrice du Préau.

Durant cette saison, il sera question du rapport à la mort dans Oiseau d’Anna Nozière, Une Pièce sous influence de La Cohue et Les Limbes d’Étienne Saglio. La thématique de la résistance traverse Quand La Ville se lève de Charlotte Lagrange et Le Livre de K de Simon Falguières. Autres sujets : la peur du vide dans Ce qui me passe par la fenêtre de la compagnie À Demain mon amour, les violences policières dans Pourvu que la mastication ne soit pas longue de Hakim Bah, la place de l’intelligence artificielle dans nos vies dans Liah et moi de Pauline Sales, la résilience dans Violences conjuguées de la compagnie Alaska, la différence dans Qui c’est celui-là de Valérian Guillaume…

Pour Charlotte Lagrange, il est essentiel d’emmener les créations en itinérance. « Cela commence lorsque l’on n’est plus sur le plateau ». Les lieux ont toujours été déterminants dans l’écriture de la fondatrice de la compagnie La Chair du monde. « Sortir du théâtre pour créer a toujours été très créatif. J’ai été très marquée par une résidence au Togo. J’ai écrit en cet endroit, pour cet endroit et mis en scène à cet endroit d’une certaine manière. Il faut inventer, donner envie de voir les spectacles autrement et aller vers le public. » Ce sont les artistes associés qui seront en itinérance durant la saison.

Infos pratiques

  • Vendredi 11 septembre à 19 heures : Molière et ses masques par Le K sur le parvis du Préau. Spectacle gratuit
  • Samedi 12 septembre à 19 heures : présentation de saison au Préau à Vire en présence des artistes associés
  • Samedi 19 septembre : fête des 30 ans du Préau avec une visite du théâtre et du cinéma à 10h30 et 13h30, une projection du film James et la pêche géante de Henry Selick à 15 heures, une déambulation sonore dans les espaces du théâtre à 16h30, le vernissage de l’exposition de Serge Philippe Lecourt à 18h30
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