Les risques du métier

Seiichi Yabushita (Kôji Ohkura) accepte de présenter ses excuses pour calmer le jeu et protéger la réputation de l’école / Photo : Film Partners

Takashi Miike s’appuie sur une affaire de justice survenue à Fukuoka en 2003. Dans les salles de cinéma mercredi 16 septembre, Sham met en scène une mère de famille accusant de harcèlement scolaire l’enseignant de son fils. À vous de juger…

La vérité n’est qu’une vérité parmi d’autres, peut-on lire sur l’affiche du film de Takashi Miike. Et, dans Sham, le réalisateur japonais nous propose d’ailleurs deux versions d’une même réalité. Dans un premier temps, il nous présente un jeune instituteur respecté, Seiichi Yabushita (Kôji Ohkura), un brin autoritaire, qui semble avoir pris en grippe Takuto, l’un de ses élèves. On le voit ainsi lui parler sévèrement, l’humilier devant les autres, jeter son sac à dos dans la poubelle avant de le piétiner, le maltraiter physiquement en le soulevant de terre avec les oreilles… Il va même jusqu’à lui suggérer que le suicide serait la meilleure solution pour lui. Le spectateur n’est pas surpris de voir Ritsuko Himuro (Kô Shibasaki), la mère de Takuto, se plaindre de harcèlement auprès de la direction de l’établissement. 

Et voilà que Takashi Miike change totalement de ton et nous offre une toute autre version. Cette fois, Ritsuko Himuro vient directement se plaindre de l’instituteur qui dément purement et simplement les faits et gestes qui lui sont reprochés. Le coupable évident de la première partie du film devient une potentielle victime comme en 1967 ; Jacques Brel réfutant une accusation de viol dans Les Risques du métier d’André Cayatte. 

Coupable ou pas ?

Cette deuxième partie, Takashi Miike la développe de façon plus importante à partir d’un reportage de Masumi Fukuda qui suivait une affaire de harcèlement scolaire. Le spectateur découvre quelques surprises dans le système éducatif japonais, comme la visite des profs au domicile de leurs élèves, l’influence des parents auprès de l’équipe enseignante, l’importance de la réputation d’une école qui doit rester infaillible. Car l’affaire Seiichi Yabushita prend de l’ampleur. Le jeune instituteur cède à la pression des dirigeants et présente des excuses à l’élève et ses parents, ce qui peut être pris pour un aveu. Tout le monde s’emballe : quotidiens, magazines à scandales, journaux télé, rumeurs.… Lorsque l’enseignant est présenté devant un juge, il est déjà estimé coupable pour l’opinion publique.

Pour le spectateur, il restera un doute tant le comédien Kôji Ohkura joue aussi bien l’instituteur infecte et raciste que l’enseignement timide et réservé. Quant à Kô Shibasaki, elle est d’une imperméabilité totale. Difficile de déduire la moindre information sur la réalité des faits qu’elle rapporte. Et mis à part Toshio Yugamidani (Kaoru Kobayashi), le vieil avocat de Seiichi Yabushita, ne comptez par sur Takashi Miike pour vous apporter une quelconque information rassurante. 

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